C’est ce qui s’appelle de la démocratie électorale directe. L’idée a germé dans l’esprit fécond du maire de Boigny-sur-Bionne, une commune , aux portes d’Orléans Luc Milliat (divers droite), et de son jeune adjoint, Antoine Richomme (adjoint à l’enfance et à la jeunesse): un “speed-meeting” entre des jeunes électeurs de la communes et de la circonscription et les candidats aux législatives, en l’occurrence sur la sixième.

Jérôme Schmitt (FI), et les jeunes citoyens.
Deux tables avaient été composées avec six jeunes de la commune ou d’autres villes et où les candidats sont venus, durant cinq minutes pas plus, tenter de les convaincre “d’épouser” leurs idées et leur programme. “Ce sont les jeunes qui ont fait bouger la France en 1968”, argumente justement Antoine Richomme qui a lancé un appel à des volontaires citoyens dans son club de judo, lui qui est un champion de la discipline.
Hugo interpelle Jérôme Schmitt, le candidat de la France Insoumise, qui passe sur le grill devant six paires d’yeux passionnés et, visiblement, il goûte lui aussi à l’exercice. “Ce serait gouvernable avec Mélenchon Premier ministre?”. Alors le thermicien dans le nucléaire à l’aise dans l’exercice, “moi aussi j’ai de grands enfants”, décline derechef le passage à la sixième République, la constituante…et montre le bouquin de Mélenchon.
“Vos différences avec En Marche?”

A l’écoute des politiques, avec Valérie Corre (PS), la députée sortante.
“Et c’est quoi vos différences essentielles avec En Marche…?“, demande à son tour Baptiste. Même engouement de la part de Dominique Tripet (PC) qui à l’issue de son “examen de passage” aux deux tables, apprécie, “c’est génial”. Pourtant un jeune lui avait posé la question qui tue, comme un vrai journaliste: “et pourquoi n’avez vous pas fait alliance avec la France insoumise puisque vous avez soutenu le même candidat à la Présidentielle?“. Alors Dominique Tripet explique, un seul programme, signer la charte…Les deux “frères ennemis” d’extrême gauche trinquent ensuite volontiers au cours du pot de l’amitié. Stéphane Fautrat (droite indépendante), Richard Ramos, (REM-MoDem), Henri Anthony (Nous Citoyen), Alexandrine Leclerc (UDI), David Chocquel (LO)… tous ont trouvé le speed-meeting novateur et efficace. “Les jeunes n’ont plus confiance dans la politique il faut leur expliquer” dit l’adjoint au maire. “Certains ont posé des questions très pertinentes”, apprécie Henri Anthony, “les plus jeunes ont questionné sur l’éducation, le secteur associatif, les plus âgés sur l’emploi”. Dominique Tripet note aussi, “les questions des jeunes n’étaient pas téléguidées, c’était spontané et sincère et cela portait sur des problèmes pratiques, par exemple comment avoir un logement lorsque l’on ne travaille pas encore…”.
Pas en cinq minutes

Les deux inventeurs du “speed meeting”, le maire Luc Milliat et son adjoint Antoine Richomme.
Côté jeunes un “échantillon” -il faut en convenir très citoyen, tous avaient voté à la Présidentielle- l’expérience a été très bien accueillie aussi. Ont-ils été “convaincus”, voire auront-ils changé d’avis sur leur vote des 11 et 18 juin? “Pas en cinq minutes”, répondent-ils en choeur, mais ce contact direct leur aura permis de mieux connaitre des élus (ou pas), voire une députée comme Valérie Corre, sollicitée en premier et qui avait tout de suite répondu oui.
“On voit bien que ce ne sont pas tous des énarques”, dit Baptiste. Pour autant, à la question d’Hassan de Radio Campus, partenaire de l’opération, la plupart diront, “non vraiment on n’a pas envie de faire de la politique”. Seul point négatif souligné avec honnêteté par le maire Luc Milliat, l’insuffisance de participation des jeunes, “difficiles à contacter”, malgré un “événement” organisé sur les réseaux sociaux. Au final, neuf candidats ont pris part à ces rencontres entre adultes-citoyens consentants qui font mieux aimer la politique, mais seulement une douzaine de jeunes.
Même si à lui tout seul, il ne fera pas entrer tous les jeunes abstentionnistes dans les isoloirs, reste que ce concept de speed-meeting était une première en France et qu’il fera sûrement école en d’autres occasions électorales. Alors Boigny-sur-Bionne ne sera plus seulement connu pour avoir accueilli un site important de la grande IBM, aujourd’hui en déclin.
Ch.B