Tribune d’honneur et tribune électorale

On n’insistera jamais assez sur l’impact décisif et incontestable que peut avoir une campagne électorale sur le remplissage d’un stade de football. Le second tour des barrages entre l’US Orléans et le Paris FC en a été dimanche la parfaite illustration. Pourtant, entre nous, les ébats des 22 acteurs ne s’annonçaient pas du niveau d’un Barça-Réal et les 95 minutes (y compris les arrêts de jeu) n’ont fait que confirmer ce pronostic somme toute sans risque.

Charles-Eric Lemaignen au serrage de mains.

Au total avec 7.372 spectateurs, record battu au stade la Source. Que les gueux, les “sans dents”, les pelés (!) les galeux de la tribune Vagner se le disent, en face dans la tribune dite d’honneur, record de politiques battu aussi. Largement. On ne sait par quel miracle à quelques encablures des élections, la grande famille du football compte d’un coup des fans supplémentaires. Une génération spontanée, cramponnée d’un coup au sport le plus populaire et qui se multiplie comme des petits pains.

Le foot adoucit les mœurs

Jean-Pierre Sueur guidé par Claude Bourdin.

Jean-Pierre Sueur, le sénateur qui joue chez les vétérans, par exemple… Chacun  sait qu’il n’est pas candidat aux législatives, c’est de l’histoire ancienne, mais les sénatoriales auront lieu à la rentrée et le parlementaire du Loiret qui s’intéresse au football comme à sa première écharpe tricolore et à peu près autant qu’au loto sportif, avait pris place dans la tribune. C’est assez rare pour être signalé. Cornaqué par un vrai footeux lui, supporter de l’USO, Claude Bourdin (l’ancien maire de Beaugency) qui en veut pourtant depuis toujours à JPS de ne l’avoir pas choisi comme successeur à la députation… Mais le foot adoucit les mœurs, c’est bien connu.

Serge Grouard et le rayonnement

L’arrivée de l’équipe Macron.

Toujours au rayon des anciens maires, prompt au rayonnement de sa ville, Serge Grouard qui apprécie à peu près autant le football que de voir perdre “son” Entente basket, avait fait don de sa personne dans ce match crucial pour l’USO. Quelle dévouement à sa ville ! On nous dit que Serge Grouard serait candidat à sa succession sur la deuxième du Loiret…? Ah bon.

Certes mais cet hiver lorsqu’une petite chambrée de fidèles se les gelait pour un Orléans-Brest un 13 janvier par exemple, on n’avait pas vu non plus les autres candidats… Il est vrai qu’ils n’étaient pas encore officiellement déclarés, qualifiés. Comme Alexandrine Leclerc, candidate à bouter sa “copine” Valérie Corre hors de la sixième, en était aussi dimanche, bien soutenue et accompagnée d’une petite équipe du Conseil départemental, avec en pointe Gérard Malbo en charge des sports et Hugues Saury, le président.

Du Country à La Source

L’équipe de Macron en marche vers les places d’honneur.

Mais le plus désopilant dans cette campagne qui délaisse un temps les marchés pour l’enceinte sportive, là où l’Orléanais vibre avec “son équipe”, ce fut l’arrivée, très en retard, à hauteur de tribune d’honneur de Charles-Eric Lemaignen, dont on sait qu’il préfère les courts bien fréquentés et en terre battue du Country Club de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin aux tribunes populaires de la Source. Toujours aussi coincé lorsqu’il s’agit de serrer des mains, le patron actuel de la métropole a donc réussi à trouver, aux alentours de la quinzième minute des débats sur la pelouse, un coin de siège. Mais le sommet était à venir avec l’arrivée de ceux qui veulent “faire de la politique autrement”, l’équipe de la République En Marche, emmené par son jeune et fringant capitaine Emmanuel Constantin.

Un billet pour Jeanne

Stéphanie Rist (LRM).

Le jeune polytechnicien, “Macron du Loiret”, tenait sa revanche, après les fêtes de Jeanne d’Arc. II avait en effet fait demander à l’époque au maire d’Orléans des places pour la tribune d’honneur. Lequel avait fait savoir à l’impétrant qu’il n’était encore élu nul part et qu’il ne pouvait donc, malgré tout l’affection qu’Olivier Carré porte à Emmanuel Macron sans oser le rejoindre, aller s’imprégner des valeurs johanniques dans les tribunes populaires.

Le bruit court que le jeune “X” Emmanuel (pas le film, le polytechnicien) “aurait pris le melon”, comme n’importe quel footeux de banlieue parisienne guigné par Arsenal ou le Réal de Madrid. Donc Emmanuel Constantin, référent de la République En Marche, qui n’a finalement pas été qualifié pour jouer en division législative s’est adroitement faufilé et en courant… vers des places réservées aux élus, suivi par son état-major et de sa “remplaçante”, candidate sur la deuxième circonscription. Une Caroline Janvier, fraîchement extraite d’une opération électorale fête des mères à La Chapelle Saint-Mesmin, à peu près aussi à l’aise dans une tribune de football qu’une nonnette dans un vestiaire de footballeur. Le duo a rejoint Stéphanie Rist, l’autre candidate d’En Marche, sur la première circonscription, ravie de retrouver à quelques places Charles-Eric Lemaignen son concurrent L.R. L’exercice électoral demande parfois quelques sacrifices et quelques souplesses lorsque l’on veut se faire connaitre du bon peuple.

En chien de faïence

Tout ce petit monde politique dont certains membres, candidats sur les mêmes circonscription se regardaient quand même un peu en chien de faïence (ou en chien d’Orléans), a été cornaqué voire placé, par l’incontournable ami du personnel politique, l’altruiste et désintéressé représentant en lunettes colorées qui a toujours préféré l’ombragée tribune officielle à la tribune Vagner, qui porte pourtant le nom de son père, et qui bénéficiait dimanche d’un plein soleil grandiose.

Mais que voulez-vous, il sont comme ça les sherpas de la politique, qui préfèrent une discrétion quasiment monacale à l’exposition en peine lumière. On ne se refait pas. Les “En Marche” une fois assis ont été aussi pris en charge par un autre sherpa, un ancien lieutenant de Serge Grouard, adjoint aux Sports désormais dit-on, en prise avec LRM et baptisé “l’homme de Rio” depuis les jeux Olympiques, non pas en raison de sa ressemblance avec Belmondo, mais bien pour ses performances devant les caméras.

Fautrat a marqué contre son camp

Stéphane Fautrat de dos.

Dernier candidat remarqué, Stéphane Fautrat qui contait à qui voulait l’entendre ses exploits, il y a quelques saisons de cela, en quatrième division, à Cherbourg. De nos jours, certains du côté de l’UDI et d’Alexandrine Leclerc reprochent à l’ancien secrétaire départemental de LR, d’avoir, en se présentant aussi sur la 6e, marqué un but contre son camp…

Loin de ces pugilats terre à terre, tout en haut de la tribune, plus près du ciel, Jacques Blaquart, l’évêque d’Orléans a aussi suivi les débats de la pelouse. Avec deux frangins impliqués dans le football professionnel, il serait parfaitement malhonnête de reprocher à Jacques Blaquart sa présence parmi le gratin. Le ballon rond c’est son péché mignon. Il se murmure dans les milieux bien informés que Mgr Jacques Blaquart pourrait être “transféré” à l’archevêché de Paris. Mais comme c’est le pape François seul qui en décide, il n’a pas lieu, lui, de compter ses ouailles électorales.

Mgr Jacques Blaquart (à d.).

L’évêque d’Orléans était-il pour l’US Orléans ou pour le Paris FC ? Comme Jacques Blaquart, entre les deux tours  de la Présidentielle, n’a pas caché sa préférence pour Macron, il est probable que magnanime, il a supporté les deux. En même temps.

Quant au maire d’Orléans, d’une part il n’est pas candidat aux législatives et n’avait donc rien à faire dans cette tribune… politique. D’autre part, il attendrait parait-il, pour se manifester au stade de la Source, que l’US Orléans devienne “l’US Orléans Métropole”. Et cela n’aurait rien à voir avec le fait qu’Emmanuel Macron est un supporter affiché de… l’OM.

Ch.B

Commentaires

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  1. Voilà la confirmation que le sport est le seul domaine qui fait consensus de l’extrême droite à l’extrême gauche. Et qu’il est pour cette raison hors sol, hors débat alors qu’il est un phénomène social de masse qui mobilise des millions de personnes. La “religion des temps modernes” reste une terre inconnue, Pire, en prétendant véhiculer les valeurs de fraternité, de loyauté, d’apolitisme (!), de pureté, d’amitié entre les peuples (le fumeux idéal olympique plus que jamais indiscutable à l’heure des Jeux de 2024) le sport, avec ses discours d’évidence, montre qu’il est bien une ‘”imposture absolue” (titre d’un livre paru en 2014).

  2. Du pain et des jeux ! voilà qui est bien vu et résume parfaitement les enjeux effectifs de ces élections: ces candidats cherchent une place au soleil et nous/vous demandent de rester à l’ombre.

  3. Corinne Leveleux était très présente au stade de la Source entre janvier et mars 2014, et depuis les municipales, elle a disparu !
    Sa passion bien connue pour le sport a dû s’émousser…

  4. Mon pauvre Christian,
    Vous devriez mieux cacher vos inimitiés de vieux soixante-huitard retardé… Le venin et le dérision , c’est trop facile et un peu démago ! Désolé mais j’aime le foot et je n’y vais pas qu’en période électorale. Enfin, quand notre équipe joue un match décisif pour rester en ligue 2, il n’est pas anormal que des orléanais, que vous les aimiez ou pas, soient présents!
    En cette période de renouvellement, vous devriez sérieusement penser à un recyclage…

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