Né avec une cuillère plaqué or dans la bouche, éduqué par les jésuites (adeptes de la pauvreté individuelle mais pas collective pour leur ordre et violents colonisateurs des humains considérés comme sauvages), désireux d’être philosophe vers 15 ans mais préférant l’ENA, enlevant sa prof de théâtre telle une sabine, Manu – c’est ainsi qu’il se fait surnommer (Manu militari ?) – découvrit très jeune qu’allier intelligence et séduction permettait sinon de déplacer le monde du moins de subjuguer les foules et c’est ainsi qu’à l’aube de ses quarante ans il se dit : « Pourquoi pas moi ? ». Illico presto, veni, vidi, vixi, et vox populi vox dei, pic et pique et colégram fit la bonne pioche.
Mistral gagnant ! Emmanuel “Dieu avec nous” (étymologiquement) s’est retrouvé, en toute modestie au pied de la pyramide du Louvre le 7 mai au soir, à faire un discours empreint (et non emprunt) d’empathie patriotique, d’amour national et de foi éclectique allant même jusqu’à user de la même figure de style- l’anaphore- que son prédécesseur et mentor (homophonie avec menteur) : « Nous ne cèderons rien à la peur, nous ne cèderons rien à la division, nous ne cèderons rien au mensonge, nous ne cèderons même rien à l’ironie, à l’entre soi, à l’amour du déclin ou de la défaite… ».
Dans cette tirade, au blanc panache contre les forces du mal, notre philosophe-roi a glissé subrepticement l’ironie. Quid de ce mot ?
C’est certainement par souci d’efficacité, de rapidité, de productivité que notre nouveau président a décidé d’amputer nos conversations, réflexions, échanges de cette tournure d’esprit car ce que Platon inventa dans les dialogues de Socrate (interroger en feignant l’ignorance afin d’amener son interlocuteur, imbu de sa suffisance, à réaliser combien il est incompétent) n’a plus place dans la cour du Louvre, ni sur les pavés et les gazettes. Dorénavant celui ou celle qui voudrait, par cette figure de style, faire tomber le masque d’un beau parleur trompeur ou l’amener à accepter d’évoluer dans sa pensée, sera privé de parole.
Si un journaliste s’aventurait à demander à celui qui ne cèdera « rien à l’entre soi » comment il qualifie la décision de ne pas présenter de candidat/e dans les circonscriptions convoitées par Mme Touraine ou M. Valls, que lui arriverait-il ? Serait-il embastillé ? Condamné à conjuguer tous les temps et sur tous les tons “ne pas céder à l’ironie” ?
Il faut s’attendre à ce que Rabelais, Montaigne, Voltaire, La Fontaine, Flaubert… même Alexandre Vialatte cessent d’être étudiés, qu’ils soient retirés des librairies et mis au pilon avec Platon ; une autre façon de brûler les livres.
Fini de rigoler les amis ! Sa Hauteur sur le pavé du Louvre l’a déclaré à tous les Gavroche de France il ne cèdera en rien aux moqueries, traits d’esprit, d’humour, qui ont pour fonction de dévoiler l’ignorance dans laquelle les pouvoirs tentent de maintenir les peuples. Mais vouloir bannir l’ironie c’est vouloir empêcher les merles moqueurs de siffler dès potron minet le lever du vrai soleil.
Bon courage, Monsieur le Président !
FT
Pour ma part, me pliant à l’injonction magistrale, je vais cesser d’ironiser sur nos édiles-élites et me consacrer à l’écriture de billets de cuisine. La première recette que je vous proposerai après le 18 juin sera une “Mijoté-Macération de dindons farcis en chambre”, plus tard “Soupe à la grimace”. Et si vous êtes bien sages, humbles, soumis, révérencieux, en mai 2022 : une “Omelette sans casser les œufs”.