Blois : un soir d’élection présidentielle presque normal

Blois a voté Emmanuel Macron à 74,66 %, mais l’euphorie était loin d’avoir envahi les rues et les places de la ville. Hormis dans les quartiers généraux des partisans d’En Marche et du Front national, l’ambiance était comme le temps : un peu maussade. Faut-il y voir un signe ? Récit d’une déambulation d’un QG de campagne à l’autre.

Au QG d’En Marche, rive gauche de la Loire à Blois. Euphorie à 20h et une seconde.

Il est 21h15 dimanche 7 mai 2017, la nuit tombe sur Blois. À Paris, Emmanuel Macron est en marche vers son destin et le musée du Louvre. Blois, elle, est assise dans les brasseries. En cette veille du 8 mai, pour une fois les restaurants sont ouverts un dimanche soir. À l’intérieur, des dîneurs familiaux profitent d’un week-end de pont, à peine troublés par les écrans de télévision sur lesquels on se succède sur les plateaux des chaînes d’infos. Dans les rues, point de défilé de voitures vitres ouvertes et drapeaux au vent, pas de concert de klaxon, pas de liesse. Un dimanche presque normal.

“La seule offre de rassemblement, c’était Emmanuel Macron”

La soirée avait pourtant commencé fort, peu avant 20 heures à la terrasse du bar Le Pavillon, rive gauche de la Loire, au siège provisoire du mouvement En Marche : « ce soir, les enc… ce sont les ouvriers, les employés, les chômeurs !», vocifère un homme devant un verre de bière, qui ne doit pas être le premier. Passé la porte, autre ambiance. On retient à grand peine les bouchons de champagne. Il règne une ambiance de fête, entre excitation et fébrilité. À 20 heures pile : cris de joies, bras levés, embrassades pour les 60-70 partisans d’Emmanuel Macron. À leur tête, la référente de Loir-et-Cher, Christine Jagueneau : « Qui est responsable du champagne ?! » hurle-t-elle. « Hip hip hip : hourra ! ». Quelques minutes plus tard, elle confie : « 65 %, c’était l’objectif, pour obtenir une marge suffisante. En 1974, VGE voulait rassembler deux Français sur trois. Aujourd’hui, Emmanuel Macron avait un programme de rassemblement, et une opposition forte au bipartisme. Il montre un rejet fort des idées de replis ». Aurait-elle imaginé ça il y a un an ? « Clairement, non. Il y a un alignement des planètes au-delà de nos espérances. Les primaires de la droite et de la gauche ont montré des programmes finalement très extrémistes, la seule offre de rassemblement c’était Emmanuel Macron ».

Dans la ligne de mire désormais, les législatives. S’y voit-elle déjà, Christine Jagueneau ? « Je suis la référente du mouvement En Marche dans le Loir-et-Cher. Je n’ai aucune ambition personnelle et j’ai 5 ans pour structurer. Je suis au service d’un homme et d’un projet. Il y a 1000 adhérents en Loir-et-Cher, et du grain à moudre ». Près d’elle, des militants du mouvement d’Emmanuel Macron, dont certains ont franchi le Rubicon depuis quelques mois. Pour Laurence, « 65 %, c’est sans appel, c’est une barre symbolique. Ça va donner de l’unité pour les législatives. Je repense à tous ceux qui nous disaient il y a un an : ça va faire pschitt… ! ». Philippe garde un peu la tête froide : « N’oublions pas le score de Mélenchon. Pour les législatives, il faut rester prudent. Mais je crois qu’Emmanuel Macron va nous surprendre encore ! ».

“Dans un an, plus personne n’aura voté Macron !”

Au-delà du Pont Jacques-Gabriel, rue du Puits-Chatel, c’est une autre ambiance. Au QG du Front national, devant un buffet de charcuterie et d’œufs durs mayonnaise, Michel Chassier est fataliste : « On en reprend pour 5 ans… Ce n’est pas une surprise, mais on espérait faire un peu mieux. La deuxième semaine de campagne c’était un matraquage contre notre parti. 100 % des médias soutenait le même candidat ». L’effet débat de mercredi dernier n’a-t-il pas un peu joué en la défaveur de Marine Le Pen ? « Elle a peut-être trop parlé à son électorat, elle aurait dû plus élargir. Mais sur le fond elle avait raison. Emmanuel Macron ment avec un tel aplomb ! C’est un peu normal pour un banquier d’affaires. Sur SFR, sur les retraites : elle avait raison ». Le secrétaire départemental du FN, conseiller municipal de Blois, conseiller régional et candidat aux législatives dans la 1ère circonscription de Loir-et-Cher regarde vers les 11 et 18 juin : « On va jouer par circonscription. On a des chances de constituer un groupe assez fort pour l’Assemblée nationale. Il va y avoir des répartitions de voix à moins qu’Emmanuel Macron ne recycle des candidats déjà existants. Des adhérents d’En Marche risque d’être rapidement déçus quand il vont voir ça… Mais on sera réellement la seule force d’opposition ». Pour la candidate dans la 3e circonscription (Romorantin-Sologne) Mathilde Paris, conseillère municipale de Blois et conseillère régionale, « Nous devons être une vraie force d’opposition à Emmanuel Macron, et pour ça, il nous faut partir en guerre pour les législatives. Je fais une campagne de porte à porte tous les jours, je reçois un bon accueil. Les gens sont en attente de renouveau politique, de proximité, de candidats issus du monde professionnel et non pas de professionnels de la politique… ».

Près du buffet, les militants FN tentent d’oublier la défaite, buvant quelques bulles et mordant dans quelques morceaux de saucisson et de boudin noir. Robert Limelette, adhérent depuis 44 ans, ex cadre chez Caterpillar résume peut-être à lui seul l’esprit de cette Présidentielle décidément pas comme les autre : « Je vous fais le pari que dans un an, personne n’aura voté pour Macron… ». Dehors, quelques gouttes de pluie accompagnent le rideau nocturne tombant sur les bords de Loire, au terme d’une campagne présidentielle qui aura révélé les profondes divisions des Français. Les Loir-et-Chériens n’y échappent pas.

F.Sabourin.

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