Quel que soit le choix des Français dimanche soir, le nouveau président ou la nouvelle présidente a un conjoint : son épouse Brigitte pour Emmanuel Macron, son compagnon Louis Alliot pour Marine Le Pen. Il y aura donc une Première Dame ou un Premier Monsieur. Un Premier Monsieur ? Jusqu’ici le cas ne s’est pas présenté à la République française qui a laissé cela aux princes consorts des royautés.
En France comme dans de nombreux pays, il n’existe pas de statut du rôle de Première Dame bien que celle-ci bénéficie d’une équipe au sein de l’administration présidentielle et de la possibilité de se consacrer à des actions relativement encadrées dans l’humanitaire, la santé ou l’éducation. Présentes dans les dîners officiels, il leur est arrivé de participer à des prises de décisions, de faire campagne pour leur mari, de jouer de leur image pour servir leur conjoint et le pays.
A la veille du second tour, pour tenir ce rôle, deux possibilités se présentent, diamétralement opposées et atypiques. 24 ans séparent les Macron et leur relation s’est nouée dans une relation dite tutélaire au lycée entre professeur et élève. Le couple a du faire preuve de beaucoup d’obstination pour inscrire son indéniable amour dans la clarté. Ils se sont mariés douze ans après leur premier regard. Ils sont tenaces et ont souhaité inscrire cette ténacité dans la lutte politique. Ils veulent encore réussir quelque chose.
Bien différent est le couple Marine Le Pen Louis Aliot. Ils ont été nourris à la politique. Ils ont officialisé leur relation en 2010. Lui divorcé une fois, elle deux. Lui père de deux enfants, elle de trois dont des jumeaux. Ni mariés, ni pacsés, ils ont choisi de vivre loin des photographes à une exception près en 2014 où ils ont posté une photo d’amoureux sur les réseaux sociaux pour faire taire des rumeurs de rupture.
Brigitte Macron : une Première Dame présente
Depuis la formation d’En Marche ! comme pendant toute la campagne présidentielle, il fut évident que Brigitte et Emmanuel Macron souhaitaient donner l’image d’un couple comme celui de Michèle et Barack Obama. Ils ont une ambition à deux. « On sent que Brigitte Macron, si elle arrive à l’Elysée, a très envie d’exister, d’apporter son expérience », nous a déclaré Caroline Derien auteure avec Candice Nedelec du livre « Les Macron » et qui s’est longuement entretenue avec elle. « Ancienne professeur de lettres, Brigitte Macron est très sensible aux questions d’éducation et de culture. De plus, si elle devient Première Dame, elle pourrait envisager de porter la cause du handicap ou celle de l’autisme, deux sujets qui lui semblent très chers », nous confie encore Caroline Derien.
« Mme Macron a des idées assez arrêtées, notamment sur les questions de religion et de laïcité. Ainsi, elle est hostile au voile dans les universités contrairement à son mari. Et tant pis, si elle met les pieds dans le plat en l’affirmant. Elle assume, elle est détachée des conventions. Le regard social ne l’a jamais arrêtée. »
Brigitte Macron n’est pas issue du monde politique. Elle vient d’une famille bourgeoise amiénoise, les Trogneux qui depuis cinq générations est à la tête d’une prospère entreprise de chocolaterie et de confiserie, sept boutiques dans les Hauts-de-France. Elle est la benjamine de six enfants dans un foyer aimant et travailleur, sensiblement de droite, soutenant en son temps l’UDF Gilles de Robien. Quand son destin croise celui d’Emmanuel, elle est enseignante à La Providence ensemble scolaire propriété des jésuites, mariée et mère de trois enfants, deux filles et un garçon. Elle est le professeur de théâtre de l’hyper doué Emmanuel Macron, elle a 24 ans de plus que lui. « C’est une femme qui n’a pas peur de son ombre et qui n’hésite pas à s’investir. S’il lui arrive de donner des conseils à son mari, de participer à des réunions informelles, elle ne s’ingère pas, comme ce fut le cas de Cécilia Sarkozy dans son agenda politique. », explique Caroline Derien.
Louis Aliot : Un Premier Monsieur en retrait
Louis Aliot n’emménagera pas à l’Elysée si sa compagne Marine Le Pen est élue. Il ne veut pas influencer le débat politique. Récemment, devant des étudiants de Sciences Po, cet homme qui a choisi de rester en retrait pendant toute la campagne pour ne pas gêner sa compagne a déclaré, « si Marine gagne l’élection, j’arrête tout. Pour le respect des institutions, je pense qu’il ne peut y avoir qu’un centre de pouvoir et que ce centre ne doit pas subir d’influence privée. En raison de ma relation avec Marine, nos adversaires se servent de moi pour l’attaquer et en interne des idiots imaginent pouvoir lui dire un certain nombre de choses à travers moi. Donc il est beaucoup plus confortable et efficace pour moi de ne m’occuper que du local ».
Pourtant Louis Aliot n’est pas à proprement parler un homme de l’ombre. Né en septembre 1969 à Toulouse, élevé à Ax-les-Thermes dans l’Ariège dont sa famille paternelle est originaire, il vit dans un milieu qui a basculé du socialisme à la droite nationaliste à l’époque de l’indépendance de l’Algérie. Son père en a fait la guerre et sa mère en a été rapatriée.
Sportif, Louis Aliot entame ses études secondaires au collège d’Ax-les-Thermes en section sport-études où il pratique le ski et le tennis et s’intéresse au rugby dont il est toujours un supporter. A la faculté de droit de Toulouse, il obtient en 2002 un doctorat de droit public avant de devenir chargé d’enseignement en droit public dans cette même université puis d’embrasser la carrière d’avocat à Perpignan dans les Pyrénées-Orientales limitrophes de l’Ariège.
Soutenu par sa mère, à 19 ans, il se rapproche du parti frontiste en 1988. En 1991, il devient major (responsable) de l’université d’été du Front national de la jeunesse et en 1997 il est délégué régional du FNJ de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. En 2005 , il devient secrétaire général du parti frontiste. A ce poste il gagne le surnom de « Loulou la purge ». En 2010, il soutient la candidature de Marine Le Pen à la présidence du parti et l’année suivante est nommé vice-président du FN et directeur opérationnel de sa campagne présidentielle de 2012. Il est aujourd’hui, député européen et conseiller municipal d’opposition de Perpignan.
Louis Aliot se tient loin des enjeux nationaux. Ses proches disent « Louis se concentre sur ce qu’il aime : sa région, les relations avec l’outre-mer. Il rêve de conquérir Perpignan en 2020 ». Un discret qui sait se mettre en scène dans son intérêt. Il ne veut surtout pas gêner sa compagne ce qui ne l’a pas empêché de l’accueillir sur la scène du palais des congrès de Perpignan lors d’un des derniers meetings de la campagne de premier tour. « Les responsabilité nationales, ce n’est pas une fin en soi. Si demain on me dit que je suis remplacé par quelqu’un d’autre à la direction du parti, je n’y verrai aucun inconvénient. Mieux : ça m’arrangera », dit-il, la mairie de Perpignan en ligne de mire
F.C.
«Les Macron», Caroline Derrien et Candice Nedelec, Fayard 230 pages 18 euros