“Vous en avez du courage”, lance une femme sur le marché de la Source à Orléans samedi matin à des jeunes socialistes qui distribuent des tracts pour Benoit Hamon. Plombé dans les intentions de vote, doublé par Mélenchon, trahi par Valls et bien d’autres, Benoit Hamon garde son dernier carré. Qui ne se rend pas.

Quarante trois sympathisants dans la salle
Vendredi soir, quarante trois fidèles se serrent dans la salle Albert-Camus réduite à sa plus simple dimension. Invité Patrick Bloche. Député du 7e arrondissement de Paris, cet ancien rocardien a fait en préambule une tournée culturelle à Orléans et Saint-Jean-la-Ruelle,un sujet qu’il connaît bien puisqu’il est membre de la commission culture à l’Assemblée. “Il faut y aller jusqu’au bout, les jeux ne sont faits pour personne, ni pour nous ni pour les autres…”, lance t-il, à peine convaincu.
Sur le programme de Benoit Hamon, “C‘est un programme social-démocrate dans son essence, ne ne vois pas en quoi ce programme social-démocrate peut poser problème à un socialiste”, dit le député. Au passage Macron le “traître” en prend pour son grade, “comment peut-on dire qu’il faut tourner la page lorsque l’on a eu l’engagement qu’il a eu auprès de François Hollande, il faut assumer ses choix”. Le discours officiel de Solférino, c’est donc que c’est Benoit Hamon qui défendrait le mieux le bilan. La frondeur arrosé en somme.
Le temps du déballage

Les jeunes socialistes et mélenchnistes en dialogue.
Une fois le politiquement correct décliné par le député visiteur, vient le temps du déballage. Public. Olivier Frézot, le secrétaire départemental se lâche, on sent son exaspération d’entendre que le PS serait à l’agonie. “Rien à voir avec 2007” lorsque le parti avait lâché Ségolène Royal. Sans parler des séances de couteaux dans le dos entre rocardiens, mitterrandistes, chévènementistes, poperénistes. “À l’époque nous avions des débats bien plus vifs”. Comment en est-on arrivé à ce paradoxe d’un Olivier Frézot qui dit aujourd’hui, “au parti on travaille bien tous ensemble”. Responsable, explique le secrétaire départemental, Hollande qui ne se représente pas bien sur, mais surtout la primaire, “où les candidats doivent surjouer à fond” et “trouver des marqueurs en les exagérant”.
Valls le “Sarko de gauche”
Il cite aussi les réseaux sociaux, ces descendants du vichysme où chacun peut lancer des anathèmes derrière l’anonymat (ou pas) de l’ordinateur. Enfin Manuel Valls “le Sarko de gauche” n’est pas épargné, avec son fond de commerce sur l’air d'”on ne peut plus vivre ensemble”. Conclusion d’Olivier Frézot, “lorsqu’il était Premier ministre Manuel Valls a radicalisé, alors que ce qui nous rassemble est immense”.
Du départ de Nicolas Charnelet, le numéro 2 de la fédération du Loiret, le matin même vers En Marche, il n’a été question que par une allusion, “que ceux qui sont partis respirent bien ailleurs”. Autre figure du PS, Marie-Madeleine Mialot, se lâche à son tour. “Le revenu universel, c’est la suite du RSA”, pourquoi ne pas le dire ? Remontée comme une pendule, l’ancienne vice-présidente de la région épingle la politique médicale du quinquennat, ces MSP (Maison de santé pluridisciplinaire) financées par l’argent public (du contribuable) où les médecins ne veulent pas aller. “Certaines sont vides”. “Arrêtons de tourner au tour du pot, il faut remettre en cause la liberté d’installation, on leur donne des primes, des avantages divers… Il faut avoir des décisions courageuses”. Marie-Madeleine Mialot oublie de rappeler que la gauche a voté contre une proposition de loi de Philippe Vigier (UDI) qui tendait justement à encadrer l’installation.
Hamon qu’il rentre dans le personnage
Autre charge contre Benoit Hamon, son absence au congrès de la FNSEA à Brest, “Il ne se comporte pas comme un candidat à la présidence… Cela fait partie du boulot, il faut qu’il entre dans le personnage”. Pour autant, MMM votera Hamon parce que “c’est le candidat élu à la primaire du PS même si le parti ne m’a pas toujours rendu service”. Jean-Pierre Sueur qui est en face aux côté de Valérie Corre encaisse. La députée de la sixième, qui a voté Peillon au premier tour, rappelle que l’on “n’est pas obligé d’adhérer à 100 % au programme de Benoit Hamon“, mais elle aussi légaliste, votera Hamon, “il faut dépasser nos états d’âme”.
Sueur: “question de loyauté”
Carole Canette aussi, “j’y crois encore“, et martèle qu’il ne faut pas “avoir honte du programme” par exemple sur la franchise médicale. Le mot de la fin revient à Jean-Pierre Sueur. Le long texte qu’il a publié dans le Monde (et Mag’Centre) et que d’aucuns avaient trouvé hésitant entre Hamon et Macron, dit sans ambiguïté. “Je soutiens Benoit Hamon car je fais partie d’une famille et quand elle est en difficulté je ne la quitte pas, question de loyauté”. Dès le départ, ses amis du Sénat comme François Patriat, Gérard Collomb, lui avaient proposé de rejoindre Emmanuel Macron, “j’ai dit non”. Mais le sénateur du Loiret voit plus loin, les législatives et au cas où Macron entrerait à l’Élysée, il faut “une majorité En Marche et PS, Radicaux, Écologiste”.
Mélenchon, il parle bien

Dimanche matin sur le marché de la Source, le plus populaire, le plus métissé de la métropole orléanaise, un petit groupe de jeunes est en plein débat. D’un côté deux socialistes dont Yann Chaillou, responsable régional du MJS. Il ne s’en cache pas, il hésite encore sur son vote à la présidentielle. De l’autre un “tracteur” jeune aussi, de la France Insoumise. Si Hamon et Mélenchon ne se rencontrent pas, sur le terrain la gauche se parle sans problème. À deux pas de là une jeune femme de “F.I.” fait un tabac. “Mélenchon c’est le meilleur, il parle bien” dit un maghrébin enthousiaste. Lestés de paniers remplis, une femme d’origine africaine s’arrête prend le 06 de la militante mélenchoniste, “Je vais faire voter tous mes enfants pour Mélenchon… Donnez moi une adresse pour adhérer”.
Ch.B.