Parce que le moment tombait mal, que je devais me lever tôt aujourd’hui, je m’étais dit que j’allais enregistrer le débat pour le regarder, reposé, ce mardi. Mais on sait ce qu’il en est de la curiosité. C’est un peu comme quand le pain est chaud : on en prend un trognon, puis un autre petit morceau et quand on arrive à la maison, c’est une demi-baguette que l’on a dans la main. Là, on se dit que l’on va quand même regarder le début, on regarde encore quelques minutes et finalement on va se coucher à minuit trente.
Par Gérard Hocmard
Du coup, j’ai eu le temps de filtrer mes impressions et de revoir le débat une seconde fois en podcast. L’impression générale ? Celle du bon travail des journalistes choisis comme modérateurs, qui ont su, en découpant les séquences de l’échange, en proposant des points concrets de réflexion, épargner au téléspectateur que les a priori idéologiques de chacun se transforment en insupportables litanies. Ils les ont inversement mis en lumière sur des points précis par la brièveté du temps chaque fois imparti, fournissant ainsi des filtres pour apprécier les propositions émises.
Il y avait quelque chose d’un peu ridicule dans l’alignement des costumes bleus et des cravates bleues. Quel manque d’imagination des conseillers en communication ! On aurait voulu souligner la notion complotiste de « système » que l’on n’aurait pas fait mieux. Tous pareils ! Pas un pour relever l’autre ! Marine Le Pen et Mélenchon apportaient heureusement un peu de fantaisie sinon de couleur au tableau, même si la tenue noire et rouge de ce dernier avait un côté quelque peu sinistre. Toujours en ce qui concerne l’aspect visuel, il était évident aussi qu’il n’est pas donné à tout le monde d’être télégénique, que Benoît Hamon et Maine Le Pen ne sont pas servis par leur physique et que le regard fixe façon oiseau de nuit de Macron en gros plan fait un peu froid dans le dos.
Au fil de la soirée, on aura au moins acquis une idée plus claire des programmes des uns et des autres, ou au moins des recettes de cuisine nappées de sauce grands principes élaborées par leurs états-majors. On aura relevé le flou ou l’infaisabilité, évidente pour tous sauf pour l’intéressé(e), de certains projets. Ce qui est venu pimenter tout cela aura été les altercations, indignations ou apartés rageurs. Ils ont le plus souvent été assez révélateurs, tout comme les expressions faciales captées par les gros plans, au sens om un lapsus ou un acte manqué peuvent l’être. La séquence du burkini, entre la mauvaise foi de l’une et l’indignation virevoltante de l’autre, a été un grand moment, tout comme le sketch à propos de l’origine des contributions à la campagne de Macron déclenché par la question de Hamon.
Il n’est pas sûr, malgré tout, que tout cela ait beaucoup fait bouger les lignes. Peut-être les téléspectateurs en sont-ils davantage ressortis sûrs des candidats pour lesquels ils n’allaient pas voter que remplis d’une ferveur indéfectible en faveur de tel ou tel. Et puis, bien entendu, quiconque a la tête sur les épaules ne peut pas ne pas avoir, au-delà de l’élection présidentielle, les législatives dans la ligne de mire. C’est malheureusement l’héritage du passage au quinquennat sous prétexte d’éviter la cohabitation et cela a faussé la perspective de l’élection du président.
La séquence « violons » de la fin, le message à l’électeur les yeux dans les yeux, valait en tout cas de veiller jusqu’au bout. Théâtralement parlant, le meilleur a été Mélenchon, contrairement à Hamon. Fillon a paru fatigué, Marine Le Pen aussi. Mais du moins, un doute a été levé : Macron, en disant que « La France, elle a l’énergie… » a montré ce dont on se doutait, qu’il était le digne continuateur de Hollande, puisqu’il en a repris jusqu’aux tics de langage.