Son navire coule mais le capitaine Fillon se cramponne à la barre, de plus en plus seul toujours déterminé. Il devient difficile de compter les personnes qui s’éloignent de lui. Les départs se succèdent avec la régularité d’un glas qui annonce la fin d’une épopée. Bruno Le Maire a été le premier à sauter le pas, ses proches l’ont suivi.
Les Juppéistes et des Sarkozystes ont suivi leurs traces. « Les conditions pour faire campagne ne sont plus réunies », disent-ils. Depuis l’hémorragie ne semble pas s’arrêter. Les centristes de l’UDI ont suspendu leur participation à la campagne de l’ancien Premier ministre et, à l’exception du président de la Région Normandie, Hervé Morin, et du président de la Côte-d’Or, François Sauvadet, tout en se défendant de déserter, ils sont pressés de tourner la page.
Acculé, le candidat s’entête à estimer la défection de ces grands élus pour peu de choses. Seule compte la base, les militants et pas question de changer de ligne. Lors de son meeting à Nîmes, jeudi soir, François Fillon martelait à la tribune : « Vous avez devant vous un combattant. Que celles et ceux qui ont du cran se lèvent ! ».
Mais le départ de Thierry Solère, un de ses très proches, lui a porté un nouveau et sérieux coup. Le député de Boulogne-Billancourt a officialisé la nouvelle vendredi dans la matinée sur Twitter : « Organisateur de la primaire, j’ai décidé de mettre fin à mes fonctions de porte-parole de François Fillon » a-t-il écrit. Les élus « lâcheurs » seraient au moins 70. Les petites mains recrutées pour la campagne suivent le mouvement et font leurs cartons. « Le QG n’est plus une ruche, on y entend les mouches voler », raconte l’un d’eux.
Réunion Sarkozy-Larcher-Accoyer : organiser la survie
Nicolas Sarkozy auprès duquel François Fillon s’est rendu la semaine dernière, reconnaissant que l’ancien Président reste le recours des Républicains, a dit, dès mercredi à son ancien Premier ministre de prendre ses responsabilités. L’ancien chef de l’État reste en retrait mais en sous-main il mène des tractations. Ce matin (vendredi 3 mars) Gérard Larcher, président du Sénat et Bernard Accoyer, secrétaire général du parti Les Républicains se sont réunis sous sa houlette afin de réfléchir à la manière dont il faudrait s’organiser très vite en cas de retrait de François Fillon. Car le temps presse, question de survie pour la droite dont les sondages enregistrent la dégringolade dans les intentions de vote.
Juppé prêt à être le recours
Tout se passe en coulisses, dans le non-officiel. Depuis ce matin Juppé a donné son feu vert verbal : il est prêt à être le recours, à reprendre les manettes d’une campagne à la dérive. Mais, dit le maire de Bordeaux, « je resterai loyal » et pose ses conditions : il veut que la famille de la droite et du centre soit unanimement rassemblée derrière lui, une lame de fond, un appel rassemblant bien au de-là de ceux qui ont voté pour lui à la primaire. Et Pas question de pousser François Fillon dehors. La décision de se maintenir ou pas relève de la seule décision du vainqueur de la primaire.
Un plan “J” qu’il reste à mettre en place
Or François Fillon dispose déjà de 1.155 parrainages selon la liste publiée ce jour par le Conseil Constitutionnel. Alain Juppé n’en a qu’un seul recensé, il lui en faut 500 avant le 17 mars pour formaliser une candidature alternative d’où l’appel à parrainages du député L.R. Georges Fenech proche de Juppé.
Avec quel argent faire campagne ? La haute autorité de la primaire qui n’avait pas envisagé le scénario actuel avait prévu que le bonus de cette première opération qui s’est révélée juteuse alimenterait la campagne du champion de la droite et du centre 9,5 millions d’euros d’excédents ont été versés à François Fillon qui, s’il se retirait n’aurait pas l’obligation de les rendre.
Dimanche après-midi F. Fillon et ses proches ont prévu un grand rassemblement de soutien à Paris au Trocadéro. Son succès ou son échec permettra de mesurer sa capacité à mobiliser cette base qui continue à croire en lui. Une contre-manifestation contre la corruption des élus et « pour le respect du peuple, de la justice et de la presse » est également prévue à la même heure à la République.
La partie reste compliquée. Tout va se jouer dans le week-end et le tout début de la semaine prochaine. Mardi les Sarkosistes doivent se réunir à l’Assemblée pour déterminer leur position. Les Macroniste se frottent déjà les mains « Si Fillon refuse de partir et garde le fric, ce n’est que du bonus pour nous ».
Françoise Cariès.