Ce fut presque une surprise. Mais Magcentre l’avait laissé entendre depuis lundi. Peu avant l’heure de la conférence de presse beaucoup de gens prétendument informés pariaient pour une quatrième candidature Bayrou. Ils avaient tout faux. En annonçant qu’il avait « décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d’alliance », au siège du Modem dans le septième arrondissement de Paris devant une foule de journalistes, le maire de Pau dans les Pyrénées Atlantiques a mis fin à un long suspense.
D’abord soutien d’Alain Juppé dans la course à l’Elysée derrière lequel il se serait rangé si celui-ci l’avait emporté à la primaire, François Bayrou a été atteint, « choqué » a-t-il dit, par l’affaire Fillon qui semble avoir joué un grand rôle dans sa décision. Devant la « gravité de la situation, la démocratie décomposée …. Devant ce peuple qui ne croit plus à sa vie publique »….. Parce que le risque est immense j’ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d’alliance. Je lui dis : le danger est trop grand, il faut changer les choses et le faire d’urgence, unissons nos forces pour y parvenir » a –t-il déclaré avant d’énumérer ses exigences pour acter son ralliement.
Loi de moralisation de la vie publique
En priorité et incontournable, il exige un « vrai changement des pratiques et non pas un recyclage des pratiques anciennes. Je demande expressément que le programme présenté par Macron comporte une loi de moralisation de la vie publique, notamment sur la lutte contre les conflits d’intérêt », a martelé le patron du Modem « Je refuse, comme j’ai refusé toute ma vie, que de grands intérêts prennent la vie publique en otage. Je ne céderai rien sur la séparation de la politique et de l’argent.” , a-t-il précisé.
Redonner l’espoir aux Français
« L’enjeu de cette alliance, c’est de redonner l’espoir aux Français déboussolés », a martelé François Bayrou répétant qu’il ne parlait pas d’« un ralliement ou d’un ticket avec Macron ». Aussi, exige-t-il une « véritable alternance, un vrai changement des pratiques et non pas un recyclage des pratiques anciennes », ce qui pour le patron du Modem induit l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives.
Emmanuel Macron accepte

Emmanuel Macron.
Candidat à l’élection présidentielle en 2002, 2007 et 2012, François Bayrou a reconnu que sa non candidature en 2017 est « sans doute un geste d’abnégation et sans doute un geste d’espoir ». A la fin de la conférence de presse, il a annoncé qu’il allait à nouveau rencontrer Emmanuel Macron; Celui-ci n’a pas attendu cette rencontre pour annoncer qu’il acceptait l’offre d’alliance, à ses yeux « un tournant de la campagne présidentielle »..
Ces derniers jours François Bayrou n’était crédité que de 5 % à 6 % des intentions de vote par les sondages sur le premier tour de la présidentielle. Mais il n’empêche que sa décision va peser sur la campagne. Son électorat potentiel empiète sur celui du candidat de droite, François Fillon, face la présidente du Front national, Marine Le Pen. Selon une étude réalisée par Ipsos-Sopra Steria et le Cevipof du 7 au 12 février dernier, 42 % des soutiens du maire de Pau étaient prêts à voter pour Emmanuel Macron en cas de non-candidature de François Bayrou, tandis que 19 % iraient voter blanc ou nul, 11 % se tourneraient vers François Fillon, 10 % vers Benoît Hamon. Pour Jean-Luc Mélenchon 6 % et Marine Le Pen 5 %.
“C’est une vraie recomposition de la vie politique française”, a déclaré Emmanuel Macron après avoir accepté la main tendue par François Bayrou.
F.C.