Outre la restauration de tous les arts graphiques des musées de la ville, Valérie Luquet, 46 ans, est également chargée depuis décembre 2016 de leur préservation, conservation et documentation. Rencontre avec cette passionnée aux multiples talents.

Dans les réserves du musée, Valérie Luquet veille à la bonne conservation des collections d’arts graphiques.
Dans l’art, on connait surtout la restauration de tableaux, sculptures, meubles mais celle des arts graphiques reste peu connue. En quoi cela consiste t-il ?
Mon intervention sur la restauration des arts graphiques concerne tout ce qui est sur papier voir papyrus. Il s’agit de nettoyer des taches (ruban adhésif, moisissures, papier insolé par la lumière…), réparer des déchirures, fixer un calque sur une feuille de papier japonais par exemple, démonter et remplacer des supports anciens, tendre une toile sur un châssis, etc. En aucun cas il ne faut retoucher le dessin, interférer. La restauration doit être visible, neutre et réversible sans gêner la lecture et la compréhension de l’œuvre.
Quel est votre parcours ?
J’ai étudié l’Histoire de l’Art à l’École du Louvre puis intégré l’Institut National du Patrimoine. À mon compte pendant près de 20 ans, j’ai travaillé pour différents musées dont le Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine de Marseille où j’ai fait des recherches appliquées sur les problèmes de moisissures : j’ai notamment travaillé sur les techniques d’encadrement pour protéger les œuvres en environnement humide comme celles de la Chapelle du Beausset. J’ai aussi travaillé sur la restauration de l’Esquisse de la Jambe au Musée Matisse de Nice et pour le Louvre sur la restauration et l’encadrement des pastels, œuvres sensibles à la poussière, à l’humidité, aux chocs, aux vibrations et au toucher.
Certains ont mal vieilli et il a fallu mettre en place des systèmes d’encadrement pour préserver les œuvres, avoir des verres bien calés et anti-reflets, sécuriser l’accrochage et soulager les cadres anciens. Fort de cette expérience, j’ai fait alors un stage au Musée d’Orléans pour étudier la collection dans le cadre d’une thèse ‘Histoire des montages et des techniques d’encadrement des pastels du XVIIIe siècle’. Puis ma collègue partant, j’ai postulé.

Dans son atelier, Valérie Luquet fixe un calque sur une feuille de papier japonais.
Est-ce que votre arrivée va impulser une dynamique sur la mise en valeur des arts graphiques : il y a en cours l’exposition Albert Maignan jusqu’au 7 mai puis tout l’été de Jean-Baptiste Perronneau… ?
Olivia Voisin veut affirmer l’importance du Musée des Beaux Arts en matière de pastels, Orléans possédant la 2e collection après le Louvre. À partir du 17 juin, le musée exposera en effet des monographies de Jean-Baptiste Perronneau, une des stars du pastel du XVIIIe siècle, rival de Quentin de La Tour mais ami de Aignan-Thomas Desfriches. Il travaillait pour la haute bourgeoisie dont certaines personnes à Orléans. La collection regroupe donations, legs, achats dont le dernier est un portrait du couple Desfriches.
Cette exposition, enrichie d’un colloque, présentera 20 œuvres au pastel et à l’huile, une première au monde. Olivia Voisin en sera le commissaire avec Dominique d’Arnoult spécialiste de Perronneau et chargée d’organiser un colloque international sur le pastel en octobre prochain à Paris au Petit Palais.
Avec Jean-Baptiste Perronneau, nous sommes en plein âge d’or du pastel…
Oui. Le pastel est à la mode à la première moitié du XVIIIe siècle, c’est un art mineur qui se développe beaucoup à cette époque pour les portraits car il donne une texture de maquillage, un aspect très velouté. Parmi les plus grands pastellistes, il y a également Maurice Quentin de La Tour mais aussi avant Joseph Vivien ou encore Rosalba Carriera.

Portrait de Aignan-Thomas Desfriches par Jean Baptiste Perroneau Pastel Muséee des Beaux Arts d’Orléans
Qu’est-ce qui va porter le coup de grâce au pastel ?
Le pastel va rencontrer une vive opposition des peintres de l’Académie Royale qui le voyaient comme un rival car à l’époque le pastel est moins cher et plus rapide à faire qu’une peinture. C’est la guerre de la hiérarchie du genre ! En 1747, un texte d’Étienne Lafont de Saint-Yenne va dénoncer la déchéance de la peinture. En cause notamment la mode du pastel considéré comme une technique non pérenne, réservé aux portraits, un art sans avenir car sans intérêt. Pourtant le pastel avait du succès et présentait des avantages : inodore, temps de pose assez court pour les modèles, pas cher à faire, bâtonnets prêts à l’emploi…
Mais le verre à cette époque est, lui, très cher, et en cela il devient un produit de luxe. Il a été victime de sa mode fin XVIIIe s avec aussi, à mon avis, l’invention du physionotrace en 1786 qui permet d’avoir le profil de quelqu’un en quelques minutes, puis l’arrivée de David. Le pastel reviendra avec les impressionnistes et des artistes comme Degas, Delacroix, Giraud, Devéria qui vont l’utiliser pour les portraits et les paysages au XIXe s.
Parallèlement aux projets d’exposition, le Musée des Beaux Arts se lance dans des projets de recherche…
Les pastels sont des œuvres parmi les plus fragiles qui soient : c’est de la craie sur du papier, du parchemin, voire une plaque de cuivre, un papier marouflé sur une toile tendue. Aussi, en général, les musées refusent de les prêter. Il faut donc trouver une solution ! Aujourd’hui on essaie de trouver des techniques d’emballage, des mousses, des enregistreurs de vibrations pour garantir la sécurité de leur transport. Par ailleurs, dans cette même optique, à la fin de l’année, nous aurons la réponse à un appel d’intérêt régional.
C’est un projet de recherche important sur le problème des vibrations au niveau des œuvres mais étendu au bâtiment et au transport des œuvres. C’est un projet collaboratif en partenariat avec le BRGM, l’université, le Royal Museum d’Amsterdam et une entreprise de Bourges.
L’idée est de faire en sorte qu’Orléans devienne un centre de référence en matière du pastel.
Estelle Boutheloup

Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783) Portrait of Charles Lenormant du Coudray,
Jean Baptiste Perronneau (v. 1715- 1783)
Un portraitiste de génie dans l’Europe des Lumières
Exposition du 18 juin 2017 au 17 septembre 2017
Musée des Beaux Arts d’Orléans 1 rue Fernand Rabier 45000 Orléans
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