Le Nouvel An chinois à Orléans, c’est un peu comme si nos amis chinois décidaient d’organiser à Yangzhou, notre ville amie, des Fêtes de Jeanne d’Arc pour manifester leur amitié indéfectible à l’égard de la France…

Ainsi, pour la deuxième année consécutive, la ville d’Orléans a décidé de fêter le Nouvel An chinois, et il ne s’agit pas d’une initiative de la communauté locale chinoise soutenue par la ville, mais bien d’une initiative municipale relayée par une communication omniprésente en ville.
Même si l’élue en charge de cet événement déclare à la presse avec enthousiasme “Les Orléanais accueillent très bien les traditions chinoises, ils commencent à y être attachés.*”, on peut tout de même s’interroger sur ce soudain intérêt pour l’Empire du Milieu, perçu il n’y a encore pas si longtemps comme le péril rouge ou jaune, c’est selon… Pourquoi s’intéresser au nouvel an chinois plutôt qu’à Rosh Hashana, Norouz, Yennayer, Awal Muharram, We Tripantu, Varsha pirappu, Songkran… après tout si la motivation fort louable de la ville, est d’ouvrir les Orléanais aux autres civilisations et cultures, je suggère que chaque année, nous changions de festivités en découvrant d’autres traditions qui ne pourraient qu’enrichir non seulement notre culture, mais aussi développer un esprit d’ouverture et de tolérance à l’égard des autres peuples…

Car finalement tel est bien là l’intérêt de ces festivités chinoises un peu artificielles: nous donner à rencontrer et connaitre un peu mieux cette immense civilisation.
Au delà du coté plutôt “fabriqué” d’organiser un défilé carnavalesque d’enfants des écoles** déguisés en petits chinois, il y eut quelques belles rencontres, comme avec ces quatre étudiants chinois, parlant un excellent français et qui, après un exposé fort indigeste, donnèrent l’occasion au public présent de découvrir le regard qu’ils portent sur la France, mais aussi, avec une grande liberté de paroles, sur leur propre pays. Il y eut aussi cette matinée du piano donnée par deux pianistes chinoises, les sœurs Xie, dont une fut lauréate du Concours International d’Orléans, qui permit de découvrir l’œuvre d’un compositeur chinois contemporain Xiangping Zou, mais ce concert ne figurait pas au programme des festivités, sans doute pour ne pas mélanger événementiel et culture…

Et comme nous le remarquions déjà l’an passé, il est quand même dommage que ce programme de festivités soit toujours aussi pauvre dès qu’il s’agit de parler de la Chine contemporaine: la visite des expos photos installées à l’Hôtel Groslot n’offrait que des images de parcs, jardins ou paysages bucoliques, et la connaissance de la Chine se cantonne à la culture du bonzaï, au jardinage, aux démonstrations répétées de Taï Ji ou de Qi Cong, ou à une initiation ludique à la calligraphie et autre art des lanternes.
Après tout, puisque l’enjeu de nos échanges avec la Chine est si important, ne serait-il pas temps de proposer un programme qui ne réduise pas la culture chinoise à un folklore, mais offre une véritable occasion découvrir la Chine contemporaine tant sur le plan artistique ou cinématographique***, mais aussi économique et politique ?
A l’année prochaine…
GP
*La République du Centre
**Pour info, les élèves du collège Jean Rostand ont quelques difficultés à boucler le budget de leur voyage en Chine prévu cette année. Vous pouvez les aider en participant à leur financement solidaire sur: https://fr.ulule.com/en-route-vers-la-chine/
***Un seul film au programme et d’un réalisateur français, certes très beau, mais c’est bien peu quand on connait les ambitions de la Chine en matière de cinéma !