« Merci pour votre résistance à l’air du temps . Vous êtes venus malgré l’idée distillée que c’était inutile, malgré la campagne incroyable, inlassable contre ce scrutin. » a déclaré Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du parti socialiste devant la poignée de journalistes qui attendaient les résultats de ce premier tour de la primaire de la gauche au siège du parti socialiste rue de Solférino à Paris.
Même si des rumeurs courraient, même si au QG du candidat Benoît Hamon on affichait des mines réjouies, les résultats n’étaient pas encore connus. Mais le patron de Solférino se montrait satisfait de la participation au scrutin. « Avec au moins 1,7 millions de votants, peut être deux la preuve est donnée que la gauche n’est pas morte », répétait en coulisses son porte-parole. « Entre 1. 500 000 et 2 000 000 de votants se sont déplacés, chiffre en baisse par rapport à 2011 mais preuve que la primaire est entrée dans les moeurs », a précisé un peu plus tard Thomas Clay, président de la Haute Autorité qui par ailleurs ne déplorait aucun incident en cours de vote.
Impossible de connaître en direct les résultats du bureau de vote installée au premier étage du siège rue de Solférino. Le matin y sont venus glisser leur bulletin dans l’urne, entre autres Bernard Caseneuve, Jean-Marc Ayrault, la secrétaire à l’Outre-mer et peu avant la fermeture Ségolène Royal. Mais, point de militants pour se réjouir et discretion à tous les étages.
Le duel Hamon-Valls aussitôt lancé :

Benoît Hamon et Manuel Valls à Blois en juin 2014.
Peu après 21heures tombaient les premiers résultats annoncés à partir de 3090 bureaux de vote dépouillés outre-mer et Français de l’étranger compris. Comme on le pressentait , Benoît Hamon virait en tête avec un peu plus de 35% des suffrages. Manuel Vals arrivait en second avec un peu plus de 31%, Arnaud Montebourg en troisième position dépassait à peine les 18,5%,. Ce peloton de tête était suivi loin derrière par Vincent Peillon (6,48%), le Vert François de Rugy (3,45%) ,la PRG Sylvia Pinel, (2,1%) et Jean-Luc Benhamias, autre Vert (1,6%).La soirée n’inversait pas les tendances.
A peine les résultats connus, Yann Gallut, proche d’Arnaud Montebourg se déclarait que son champion « made in France » se rangeait sans restriction derrière Benoît Hamon. « Ils ont quitté le gouvernement ensemble », concluait Gallut.

Arnaud Montebourg chez Fagor, (archives).
Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, frères ennemis mais frères de combat dans l’aile gauche de leur parti confortée par un vote qui a montré un désir de social, d’écologie,d’union face à l’uberisation, une envie de la jeunesse d’une société plus juste.Dans une déclaration Arnaud Montebourg tirait les leçons de ce premier tour « une condamnation du quinquennat », lui semblait-t-il. Benoît Hamon lui emboîtait le pas souhaitant « une nouvelle société, une sixième République, une société plus juste » rappelant qu’il y a dix ans mourrait l’abbé Pierre. Autant de propos qui le différencient de Manuel Valls tenant des questions régaliennes,ce qui promet un débat très animé, mercredi, entre les deux tours.
A la maison d’Amérique Latine, boulevard Saint-Germain, Manuel Valls avait rassemblé ses partisans. Après avoir remercié ceux qui ont voté pour lui , l’ancien premier ministre a lancé la campagne du second tour. « Il va falloir faire le choix entre des promesses irréalisables et infinançables et une gauche crédible » a-t-il martelé. Une pugnacité d’autant plus nécessaire que Vincent Peillon n’ayant pas donné de consignes de vote la logique des chiffres ne lui accorde pas de réserve de voix. Les deux ailes du parti socialiste vont s’affronter et peut-être se diriger « vers un nouvel alliage, vers une nouvelle page d’histoire de la gauche » souhaitée dès ce soir par Jean-Christophe Cambadélis.
Françoise Cariès