Par Gérard Hocmard., Professeur de Première supérieure honoraire
La pièce – d’autres diraient le match – était captivante et aura été riche d’enseignements. Je veux bien sûr parler des primaires de la droite et du centre.
Le premier acte, celui des débats, l’acte d’exposition, a su accrocher l’intérêt du public puisque la participation, plus de quatre millions de votants, a été très supérieure à ce que les observateurs, et sûrement certains états-majors, attendaient.
Une fois le roi décapité…
Le deuxième acte, celui où l’intrigue se noue, aura comblé les spectateurs par la surprise qu’auront créée l’arrivée en tête de François Fillon, que les sondages plaçaient en troisième position, ainsi que l’effondrement des « petits » candidats et surtout de l’ancien Président de la République, qui aura enfin compris, on l’espère, qu’une fois le roi décapité, il est très difficile de lui recoller la tête. Il est visible que pour les votants de la primaire, l’éliminer était un objectif primordial. Le chiffre de participation tient probablement en grande partie à cela.
Mais si les spectateurs ont apprécié ce moment de la pièce, c’est surtout, il me semble, parce que, que l’on soit de droite ou de gauche, on apprécie de voir le petit ne faire qu’une bouchée du gros et Guignol flouer son propriétaire. On adore aussi voir les pronostics déjoués, les instituts de sondage désavoués et les pronostics des experts auto-proclamés tomber à plat.
Le troisième acte, celui dit de la péripétie, n’a pas failli à sa fonction. Le mauvais perdant se déchaînait, augurant mal du rassemblement post-primaire nécessaire à tout camp qui prétend gagner une élection et s’aliénant par la même occasion des soutiens en termes d’image. Les spectateurs auront retenu leur souffle jusqu’au débat de jeudi, quatrième acte de la pièce.
Paysage recomposé
On s’ennuie toujours un peu à cet acte-là et de fait l’apaisement auquel avaient visiblement œuvré les états-majors a produit un débat plus terne. Sans cacher leurs différences d’idéologie et d’approche, les candidats se seront efforcés d’éviter l’embrochage réciproque qui aurait été fatal à l’un et à l’autre en mai. Le renvoi dans ses cordes de David Pujadas est heureusement venu pimenter l’action.
Le dénouement, vous le connaissez et vous aurez lu par ailleurs les analyses des spécialistes sur la participation, les programmes et tout. Le paysage politique se trouve quelque peu recomposé sans pour autant que soient levées les incertitudes, ne serait-ce que parce que l’autre pièce – les primaires de la gauche – n’est pas jouée. Une partie des voix qui se sont portées sur Alain Juppé ne vont-elles pas aller soutenir Emmanuel Macron ? Le projet que mûrit François Bayrou aura-t-il survécu aux gelées et sera-t-il à point avant mai ? Les électeurs non-frontistes que Marine Le Pen espère débaucher auront-ils apprécié ses chaleureuses félicitations au Donald américain et son admiration de vrais mecs comme Poutine ?
L’allure et l’élocution ont joué
Une élection est aussi une bataille d’images et elle se joue dans l’inconscient, pesant toujours beaucoup plus que l’on ne pense. Au-delà de toutes les raisons avancées pour expliquer le succès de François Fillon, je serais prêt à parier que l’allure et l’élocution ont joué. Comme si les électeurs attendaient une figure de président calme et posé, dont le maniement du français tient la route et qui les repose des petits énervés ou de « Ces grands faiseurs de protestations, /Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,/ Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles, / Qui de civilité avec tous font combat,/ Et traitent du même air l’honnête homme et le fat » qui irritaient déjà Alceste.
Allez savoir ?
Gérard Hocmard.
PS. Et Dieu dans tout ça ? Le vote catho me semble une invention de journaliste, un tigre de papier sur lequel projeter tous les reflets fauves que l’on veut. Vu de l’intérieur, il s’égrène de Marine Le Pen à Mélanchon, en passant par Macron, Juppé, Fillon et Poisson. Comme on dit dans les sacristies : il y a plus d’une pièce dans la maison du Père…