C’est la “question que tout le monde se pose “. C’est même devenu une habitude, une maladie chronique : attaqués par des “citoyens connectés”, la plupart du temps avec mauvaise foi, sarcasmes ou ironie – plus rarement avec finesse – sur leurs comptes Facebook, les élus locaux – très connectés eux aussi – répondent souvent du tac au tac, façon “café du commerce”. Sans pour autant élever le débat, témoignant d’une certaine fébrilité au cœur même de leur action.

A Blois, c’est devenu un sport. Les comptes Facebook d’élus notamment le maire, certains de ses adjoints, et même certains collaborateurs de cabinet (mais pas uniquement) regorgent de réponses aux “commentaires” des citoyens qui n’ont de lambda que le nom. Des réponses rapides qui mériteraient pourtant d’être tournées sept fois sous les doigts du clavier avant d’être mises en ligne…
Un jeune avocat opposant centriste aux dents longues qui se verrait bien au fauteuil du maire dans cinq ans ? Bataille de commentaires. Une visite des travaux controversés du centre-ville par le premier magistrat attendu au virage ? Abondance de commentaires caustiques. Partage d’un article de désintox médiatique sur les migrants ? Un festival ! Le portrait d’une candidate de droite aux législatives dans la 1ère circonscription de Blois ? Ironie et sarcasmes en folie…

Cet empressement à apparaître partout et tout le temps sur les réseaux sociaux, à répondre la plupart du temps sèchement pour ne pas dire avec une pointe d’arrogance et de condescendance – les réseaux sociaux ne permettent pas vraiment de faire dans la nuance – démontre trois chose : le débat n’en ressort pas grandi. Cette auto-justification permanente témoigne d’une certaine fébrilité dans l’action publique, alors même qu’elle devrait être simplement assumée. Enfin il en ressort que les internautes-citoyens – qui par ailleurs ont bien le droit de ne pas partager tous les avis et actions de leurs élus – ont le sentiment que ceux-ci passent le plus clair de leur temps à ça, au lieu de trimer de toutes leurs forces pour l’intérêt général.
Soyons francs : celui qui n’a jamais rageusement envoyé un “commentaire” sur Facebook, piqué au vif par un sarcasme mal placé nous jette la première pierre. Mais chacun doit être à sa place. Les élus doivent bosser (et ils le font), laissant les commentateurs commenter, et les moutons seront bien gardés. Cette partie de ping-pong virtuelle ne desserre ni les uns ni les autres, et pour n’évoquer que les élus blésois, un peu de hauteur de vue serait la bienvenue. Cela s’apparenterait à la modestie de ce ceux qui se souviennent de l’adage : “qui t’a fait roi ?”. Ou, pour paraphraser Montaigne, se souvenir que “même sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul”. Éventuellement, cela pourrait aussi illustrer ce que disait François-René de Châteaubriand : “Il faut être économe de son mépris, il y a tant de nécessiteux”.
Lucien Jondrette.