Après sept mois d’interruption en raison d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) le procès des ex-époux Cahuzac, stars des implants capillaires passées par la politique avant d’être rattrapées par la justice, a repris le lundi 5 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris.
Compte tenu des délais de prescription, ils sont jugés pour fraude fiscale sur la période 2010-2012 et pour blanchiment de fraude fiscale de 2003 à 2013. Une histoire de gros sous naviguant dans divers paradis fiscaux pour échapper au fisc français sur fond de politique au plus haut niveau. Une histoire qui donne une idée de certaines pratiques par certains professionnels.
Dès le premier jour, l’ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac, a commencé sa comparution par un coup d’éclat. Il a affirmé que son compte en Suisse dont l’existence a été révélée en 2013 par Mediapart avait été ouvert en 1992 afin de constituer une caisse noire destinée à soutenir les futures ambitions présidentielles de Michel Rocard qui n’est plus là pour confirmer ou infirmer. Ce compte aurait été alimenté pendant quelques mois par plusieurs laboratoires pharmaceutiques. Jérome Cahuzac a soutenu que sa femme, Patricia, n’était pas au courant de l’objectif poursuivi avec ce compte.
Contradiction entre l’homme privé et l’homme public
Au fil des questions du président du tribunal, l’ancien député du Lot-et-Garonne a reconnu : « Je n’ai pas assumé que mes responsabilités politiques devaient avoir comme conséquence une diminution du train de vie de ma famille. Ma femme n’acceptait pas que je n’assume pas la moitié des dépenses de la famille.”, justifiant ainsi un retrait en liquide – 20 800 euros selon la banque, 10 000 selon le prévenu – en septembre 2011.
« Le prospère chirurgien spécialiste des implants capillaires, devenu un homme qui compte au Parti socialiste, et auquel la rumeur promet déjà un ministère, n’aurait-il pas dû avoir “un frein?”, veut savoir le président, histoire d’enfoncer le clou. Cahuzac opine mais un peu tard. “En septembre 2011, je ne sais pas si je vais entrer au gouvernement. Il fallait que François Hollande remporte la primaire, la présidentielle, et que je conserve mon siège de député”, se défend Cahuzac avant de reconnaître: “Je n’ai pas su lever cette contradiction entre l’homme privé et l’homme public.», réplique l’accusé d’un ton ferme, repenti à cet instant, droit dans ses bottes et sans un regard pour son ex-épouse.
Entre les anciens conjoints l’entente est loin d’être cordiale. Toute la semaine dernière, à deux sièges de lui, l’ex-épouse de l’homme du budget à Bercy, bien droite elle aussi, garde sur sa chaise le regard fixé sur les magistrats. Son difficile divorce n’est pas encore prononcé. Elle, a déjà réglé son ardoise fiscale dont le montant est un secret bien gardé.
“Conscients de l’illégalité”
Depuis ce lundi c’est au tour de Patricia Ménard ex-Cahuzac de donner sa version des faits incriminés. Petit chignon blond, chemisier blanc sur jupe noire, cette femme mince de 60 ans ferme à la barre s’exprime d’une voix claire, simplement sans apparente émotion. D’emblée elle reconnaît l’illégalité de leurs actions, la fraude financière et en explique les rouages avec une précision toute chirurgicale. Cahuzac encaisse, apporte des précisions à la demande du président, du procureur ou des nombreux avocats. A la barre, elle et lui se succèdent comme l’exige le ballet judiciaire. Ils se croisent en s’évitant, chacun dans sa partition, différente mais avec tant de point commun. Dans ce couple dissous, il y avait une belle entente dans l’exploitation d’un filon qui leur assurait une vraie richesse à l’abri d’une illégalité bien vécue pendant des années.
Patricia Ménard raconte la période où sa vie a basculé : dermatologue à la maison, avec trois enfants, elle devient en 1996 spécialiste de l’implant capillaire à la clinique du Docteur Pierre Pouteaux, chez qui opère déjà depuis six ans son mari. Le docteur Pouteaux prenant sa retraite, il leur transmet sa patientèle internationale, principalement anglaise et leur explique comment ne pas rapatrier en France certains fonds issus de ces traitements et la nécessité d’avoir pour cela un compte à l’île de Man. Cela va se révéler très juteux. Aussi explique-t-elle que dès 1997, son mari et elle envoient d’un commun accord les chèques de leurs patients anglais à l’île de Man, via une société créée en janvier 1997 à Londres. « De même que je savais qu’il y avait un compte en Suisse sur lequel j’avais procuration, le compte à Man était pour nous deux, à nos deux noms », affirme-t-elle et vlan pour monsieur.
Elle se rendait “environ trois fois pas an” à Londres pour rencontrer des clients qu’elle préparait à venir se faire traiter dans leur clinique à Paris et pour retirer de l’argent liquide “8 à 9.000 euros” chaque fois pour des dépenses courantes, souvent le week-end. “Mon mari était au courant. Il fallait bien s’occuper des enfants quand je partais.” En 2007, c’est une femme blessée qui décide d’ouvrir un compte en Suisse, à la BNP, “à l’insu de mon mari : J’avais découvert qu’il me mentait. Il n’y avait plus rien de solide dans mon couple.” précise-t-elle.
Aujourd’hui, les Cahuzac vont devoir s’expliquer sur l’utilisation qu’ils ont faite entre 2003 et 2010 des comptes de la mère de Jérôme, Thérèse Mazières. Ils y déposaient des chèques de patients anglais de leur clinique capillaire, argent (plus de 200 000 euros) qui a servi à payer des vacances en famille à l’île Maurice, à La Baule et en Corse.
Le verdict devrait tomber le 15 septembre. Les ex-époux risquent une peine allant jusqu’à sept ans de prison et un million d’euros d’amende.
F.C.