“L’art ne vient pas dans les lits que l’on faits pour lui, il se sauve aussitôt que l’on prononce son nom: ce qu’il aime, c’est l’incognito, ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle !”
Jean Dubuffet

André Robillard est sans doute un des artistes orléanais vivants (il vient d’avoir quatre vingt quatre ans) les plus connus et exposés aujourd’hui: ses fameux fusils (dont il tient à préciser qu’ils sont inoffensifs, ceux-là) font non seulement partie des collections permanentes du Musée de Lausanne, de Lille ou d’Orléans, mais il fait, depuis les années 90, l’objet d’expositions une peu partout en Europe, du musée d’Orléans récemment, à celui de Moscou prochainement.
C’est donc par une distinction toute méritée que cet artiste a été honoré ce jeudi, au CHD Daumezon par Mme Sylvie Le Clech, directrice des Affaires Culturelles de la Région Centre Val de Loire, qui lui a remis la Médaille de Chevalier des Arts et Lettres, accrochée au revers de son anorak parmi quelques badges personnels…

Car André Robillard est un artiste dont l’histoire originale s’inscrit dans la lente reconnaissance de de ce que l’on appelle l’art brut, dont il est sans doute l’un des premiers représentants décoré par la République.
Entré à l’hôpital psychiatrique de Fleury très jeune, André Robillard y deviendra agent auxiliaire et y restera interné jusqu’à aujourd’hui. C’est dans les années 50 qu’il commence a discrètement ramassé des “machins” comme il dit, des objets les plus hétéroclites qui seront la matière première de la fabrication de ses fusils qu’il prend soin de nommer comme « Fusil russe rapide 256 ». « Fusil lunaire Germany Vherner Von Braun ». « Fusil russe C.C.C.C.P T.K.R 66 rapide », il commence à bâtir ainsi son univers artistique clandestin.
C’est le psychiatre Paul Renard, découvrant, dans les années 60, la production d’André Robillard qui décida d’envoyer un fusil de fabrication Robillard à Jean Dubuffet, qui avait commencé à préserver et à collectionner les œuvres d’art brut (cette collection partira intégralement au Musée de Lausanne, le ministère français de la Culture de l’époque n’ayant pas trouvé de lieu pour présenter cette collection…), et ce premier fusil enchante aussitôt l’artiste et théoricien de l’art brut. De cette rencontre avec Jean Dubuffet, André Robillard dira “il a démarré ma vie” en ajoutant “ce machin d’œuvres, ça a changé ma vie !”
D’abord exposé à Lausanne, André Robillard va alors commencer, avec une première présentation de son œuvre organisée par Alain Papet à la Maison de la Culture d’Orléans, une longue série d’expositions qui sont autant d’occasions de rencontres qui vont conduire André Robillard à élargir sa pratique artistique, tout en continuant sa manufacture de fusils, vers le dessin, la musique et le théâtre
Et comme le dit André Robillard, avec son fatalisme d’un optimisme communicatif: « L’aventure, on la voit : on n’en entend pas seulement parler. », jusqu’à ce jour de novembre où, entouré d’amis, il reçut la reconnaissance de la République, qu’il fêta à sa façon, par un air de l’harmonica à six sons de sa fabrication…
Gérard Poitou

A lire sur André Robillard:
- Roger Gentis, in Publications de la Collection de l’Art Brut, fascicule 11, Lausanne, 1982
- Hervé Di Rosa et Hervé Perdriolle, Thérèse Bonnelalbay, André Robillard, Les Cahiers de l’Art Modeste n° 1, 1991
- Françoise Monnin article Artension N°106 [1] André Robillard Page 38 , 39 , 40 et 41
- Christian Jamet,”André Robillard – L’Art Brut pour tuer la misère”, Corsaire Editions, 2013