
François Guéroult.
Orléans, décembre 2008 : pour la première fois en France, une Cour d’assises juge une affaire de contamination par le sida. Une femme, accusée d’avoir transmis le virus à son mari, est condamnée à une peine de 5 ans de prison avec sursis. Mais peut-on, doit-on juger le sida ? Dans un couple, qui doit l’emporter : la responsabilité individuelle ou la coresponsabilité ? Avec quelles conséquences en matière de politique de prévention ? Un questionnement au cœur de ce roman, véritable immersion dans ce procès historique, et témoignage poignant sur les années sida.
Extrait
« Un simple hasard et me voilà embringué dans un procès d’assises, et dans la position en apparence la plus confortable qui soit, mais je pressens déjà que ce n’est qu’une apparence : la position du juge. Un juge d’une fois, un juge d’une histoire, un juge d’une femme dont je n’ai pas retenu le nom tout à l’heure, mais qu’à présent je dévisage : la cinquantaine, à première vue, les cheveux mi-longs, le teint d’une extrême pâleur, les yeux humides. Qui tousse. Bruyamment.
Qui tousse de nouveau… C’est cela, oui : l’impression d’une femme malade, chétive, frêle, presque décharnée. Et libre, puisqu’elle est installée au premier rang et non pas dans le box dont les vitres épaisses suggèrent trop bien la dangerosité des criminels. Libre, voûtée sur sa chaise, se prenant parfois la tête entre les mains, une bouteille d’eau et des paquets de mouchoirs devant elle, posés sur une table en bois. Ses seules affaires. Que peut-on bien reprocher à ce squelette vivant
? Aux assises, vraiment, cet être à la santé compromise, au regard désespéré, à l’allure d’une victime ? Quel contraste avec ces lieux dorés, cette belle salle ornée de tapisseries où ne manque que le fameux buste aveugle qui tient, avec un sens parfait de l’équilibre, les deux plateaux de la balance… De quel crime peut-on bien soupçonner cette accusée-là ? ».