Fantomatiques sculptures. Belle promesse et invitation d’Olivia Voisin directrice des musées d’Orléans comme toujours suivie d’effet percutant: “De l’ombre à la lumière, les collections qui émergent vous raconteront grâce aux actions de médiation leurs péripéties à travers les siècles, avant que vous ne les retrouviez bientôt restaurées et remises à leur juste place dans les salles des musées”.
Et le cartel de l’exposition “Et in Arcadia “, proposée au musée des Beaux-Arts d’Orléans, d’ajouter en substance à l’adresse des amateurs d’art: “Les sculptures du XIXe ont été les collections mal aimées de musées. Elles sont lourdes, fragiles, difficiles à présenter, victimes des modes, dès lors voici un pan oublié qui demande aujourd’hui a être légitimement rehaussé”.

Une œuvre de Charles Malfray “L’effroi” cl JDB
Une déambulation troublante au cœur d’œuvres révélées
En vérité, c’est d’une troublante beauté qu’est cette nouvelle exposition. Voici que s’offrent ici aux regards, différentes sculptures pareilles à des spectres sorties des réserves du Musée d’Orléans, autant de silhouettes inscrites dans un programme de restauration en vue d’exposition, dans les mois et années à venir, dans les salles du XIXe rénovées et d’une galerie de sculpture qui sera aménagée dans les espaces d’accueil du musée.
Pour la première fois, les visiteurs sont ainsi invités à entrer dans les coulisses de ce chantier, dés sa première étape, celle de la découverte des œuvres de la réserve.
Figures et bustes puissants d’êtres à la renverse
Dés l’entrée dans ce passionnant parcours, on ne peut que succomber à l’intensité de ce fantôme attachant, cette silhouette féminine de plâtre à la clarté d’albâtre au livre à la main, douce présence à l’abandon, silhouette protégée d’un film transparent , fantôme romantique que l’on doit à Charles Morblant, né au XIXe à Vitry- sur- Seine. Cette sculpture d’un ample ravissement, “Le sommeil” (1800), a été offerte trois ans plus tard par son auteur au musée des Beaux-Arts d’Orléans. Après avoir fait longtemps partie du cimetière des sculptures dans l’église Saint-Euverte de la cité, elle a été magiquement restaurée et entame son retour dans les salles après une absence de quasiment un siècle.

André Greck, “Les Bretonnes dans la tempête” cl JDB
Mais sont à voire également, entre bustes à la renverse ou nous contemplant avec une gravité indulgente, des figures de philosophes, des macarons , têtes d’homme du château de Richelieu, ou ce Christ et cette Vierge, hauts-reliefs de Jean-Baptiste Salesses (1817-1873) tentant désespérément de happer la lumière. Parmi les nombreuses pièces ici présentées on aimera tout particulièrement ” L’effroi” de Charles Alexandre Malfray (1897-1940), de même que son “Torse de baigneuse” ou sa danseuse faisant partie d’un triptyque. Quelle audacieuse puissance, quelle belle intensité !
Passionnant éclairage sur des œuvres oubliées
A découvrir ici, par ailleurs, les éléments épars de cette Jeanne d’Arc de bronze démantelée d’Adolphe -Louis Victor Geoffroy (1844-1915). Installée au sommet de l’église Saint-Marceau d’Orléans, cette impressionnante réalisation de six mètres de haut, inaugurée en 1900, fut victime, le 17 août 1944, des bombardements américains, et s’effondra sur le parvis en subissant des mutilations irréparables. Dont l e musé et “Et in Arcadia” sont les vigilants protecteurs.
Une infinie délicatesse emplie de soin et d’attention
Avec cette belle et prenante exposition, nous découvrons aussi avec bonheur des pièces de Gaudier Brzeska (1891-1915, “Une figure sépulcrale”), d’André Greck (1912-1983 “Les Bretonnes dans la tempête”) , ou cette magistrale comme élancé figure féminine emplie d’abandon et de fierté, “Amphitrite nue”, de Siméon Eugène Thiviers (1845-1920).
A découvrir aussi les sculptures en bronze, le “Lanceur de palet” de Joseph Tournois (1830-1891), ainsi que la jolie ronde que mènent “L’équilibriste” de Jules Blanchard (1816-1932) et le “Faune dansant” d’ Etienne François Captier (1842-1902).

“Amphitrite nue”, de Siméon Eugène Thiviers cl JDB
En résumé, en notre époque contemporaine, voici que surgissent des corps brisés, voici qu’apparaît ossuaire de gestes et d’élans d’artistes présenté avec une infinie délicatesse emplie de soin. Comme en témoigne ce pâle et tendre gisant quasiment nu de Charles Desvergnes (1860-1928) et intitulé “Le courage” .
Jean-Dominique Burtin.
Carte blanche à Ugo Schiavi
L’artiste Ugo Schiavi, associé au projet du musée des Beaux-Arts d’Orléans et à l’exposition sera présent ce jeudi 14 mars à 15 heures dans la cour de l’Hôtel Groslot pour une opération de moulage, en public, sur la “Jeanne d’Arc en prière”, de Marie d’Orléans. Il s’agira là de la première étape de son travail de production d’une œuvre qui sera révélée le 13 avril prochain à Orléans. A suivre….
Rendez-vous le jeudi 14 mars, à 15 heures, dans la cour de l’Hôtel Groslot, Orléans.
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