Il y a de beaux soirs où le temps se suspend. Le mercredi 29 novembre dernier, le récital du pianiste Takuya Otaki, donné à Orléans dans le cadre de sa tournée à succès en région Centre Val de Loire dans la belle et comble salle de concert du Bouillon , Source culturelle de l’Université d’Orléans, espace tout de jeunes mélomanes vêtu, est de ceux là.

En souriant et chaleureux préambule, Jean-Louis Tallon, écrivain, responsable du lieu et du service culturel partenaire du concours d’Orléans de longue date, puis Isabella Vasilotta, directrice artistique d’Orléans Concours International, d’une attentive éloquence, s’accordent pour souligner la simple rareté de la qualité artistique promise à chacun. Tout est ici d’une conviction qui sera très vite partagée.
Applaudie, ovationnée et nourrie de rappels offerts avec âme et plaisir reconnaissant, sera de fait la prestation, toute de présence et d’humilité ascétique , du jeune pianiste.
Partage et ferveur de la pédagogie
Pédagogiques et fervents sont ainsi les mots d’Isabella Vasilotta qui explique la folle teneur de la partition d’Archipel V, d’André Boucourechliev , œuvre géante dans le texte et le format, pièce où ce dernier laisse à l’interprète la liberté de composer ad libitum les séquences de sa pièce .
Quelques instants plus tard , Isabella Vasilotta soulignera le charme de la pureté volubile de Scarlatti , la diabolique expression que réclame Liszt dans la Mephisto Waltz N°1, la beauté de Una Pregunta, d’Hèctor Parra , compositeur qui a du reste créé “Au cœur de l’oblique”, œuvre imposée du prochain Concours international de piano d’Orléans sur le thème de l’architecture. Et Isabella Vasilotta de détailler: “La musique est en fait l’architecture qui se développe dans le temps , et la Biennale d’architecture du Fonds Régional d’Art Contemporain d’Orléans est un haut fait qui ne pouvait que nous inspirer”.
Voici enfin, comme annoncés et justement promis, la virtuosité et le vertige, plus exactement ce vertigineux engagement que réclame la folle, profonde, sensible, poignante Rhapsodie opus 1, de Béla Bartok. Œuvre maîtresse de ce tour de clavier. Ici, cette œuvre tentaculaire de sentiments offre , avec une bouleversante intensité, abstraite et véhémente, la révélation d’une écriture nourrie de souvenirs, et sans doute de drames, de doutes , d’espoirs de jeunesse forcenés.
Un jeu stellaire et tellurique
Ce mercredi, dans ce creuset de création qu’est Le Bouillon, lors de ce concert aux multiples contrastes enregistré et filmé, rendez-vous d’exception que l’on pourra revivre, beau cadeau sur la newsletter de Noël de l’association OCI, place à la découverte d’un jeune artiste au jeu à la fois stellaire, spectral et tellurique, musicien pour lequel chaque note est un son et dans le même instant l’écho même de ce son, parole écrite offerte à l’effleurement des doigts et du souffle spirituel de l’interprète.
Un Grand Huit délicat d’émotions
Funambule aux ailes telles des mains savantes, ce pianiste offre ainsi à vivre, tout au long de son profond récital , une magnifique respiration, des contrastes d’eaux douces ou vives, des élans héroïques, de puissantes immersions, de sonores et puissants ténèbres. Voici par conséquent une invitation à s’embarquer dans un Grand Huit de feu sur le très beau CFX Yamaha, un longue queue de concert prestigieux de l’accordeur orléanais François Bauer, un très beau programme où nous émeut, dans le climat et avec la façon, une belle histoire d’amour, sorte de valse qui tangue et unit l’interprète et son instrument à longue robe noire.
Remarquable est ainsi ce rendez-vous qui, aux petites heures glacées d’une fin de journée d’hiver, commence à cueillir les plus belles étoiles d’une nuit cristalline, songe incarné qui ne peut que scintiller à l’oreille et sous les yeux de chacun.
Performance virtuose et diaboliquement enchanteresse.
Jean- Dominique Burtin
Pour revivre le concert et s’inscrire à la newsletter de Noël d’Orléans Concours International: www.oci-piano.com
Pour information: Takuya Otaki interprétera avec l’Orchestre symphonique d’Orléans, au Théâtre d’Orléans, le 3e Concerto pour piano et orchestre en mi majeur de Bela Bartok, le samedi 10 février à 20h30 et le dimanche 11 février à 16 heures au Théâtre d’Orléans.
En savoir plus sur ce rendez-vous: www.orchestre-orleans.com