François Guéroult écoute la radio. Et il fait bien. Normal, il rédacteur en chef adjoint de France Bleu Orléans. Ce jour-là, il n’en n’a pas cru ses oreilles en entendant cette info; “Ce matin-là c’est un titre qui me coupa le souffle: le frère de Goering doit-il être reconnu comme Juste parmi les nations”. C’est d’Albert Goering dont il s’agissait et à propos duquel la directrice du mémorial Yad Vashem s’interrogeait: faut-il installer Albert Goering comme Juste qui a sauvé de juifs de l’holocauste au prix de sa vie?
Qui connaissait en France ce frère du numéro 2 du régime nazi, Hermann Goering? Alors François Guéroult est partie en chasse pour retrouver et retracer la vie d’Albert Goering. Il nous fait découvrir, au fil d’un récit parfaitement documenté la vie de cet homme qui souffrira de son nom, symbole de barbarie, une vie qui est un roman trempé dans les tempêtes et les atrocités de l’histoire européenne.
Nous sommes en septembre 1945 et le livre commence par cette confrontation sans merci entre Albert Goering et son “juge d’instruction” américain, dans une prison de Nuremberg. “Vous vous méprenez”, dit-il affaibli par la maladie et la détention, “Hermann Goering est mon frère, bien sûr, depuis le début, j’ai été l’un des combattants les pus actifs du nazisme”. Et il produit une liste de trente noms de résistants, de juifs dont il a sauvé la vie…Difficile à croire avec un tel nom, et pourtant…
Retour à 1938. Nous suivons Albert Goering dans sa carrière, d’abord dans les studios de cinéma autrichiens aux usines tchèques de Skoda. En mars il est à Vienne après l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne) et il assiste à une scène de persécution des nazis. “C’est un groupe de vieilles femmes juives que les SS obligent à nettoyer le pavé avec des brosses à dents”. Par défi il se mêle à ces femmes, s’agenouille à leur côté et nettoie à son tour le sol. Un SS lui demande ses papiers, lit Goering et prend peur. Dès lors, “mon nom est devenu un sésame”. Or son frère Hermann Goering, impitoyable bourreau du régime, est un personnage complexe qui se ridiculise en société avec ses tenues extravagantes, “bon vivant, excentrique, comédien”.
Il crache sur le régime nazi
Mais le bras droit d’Hitler est aussi indéfectiblement attaché à sa famille et en particulier à son frère Albert qui pourtant crache sur le régime nazi dès qu’il le peut. Pour son travail, Albert Goering voyage beaucoup de Vienne à Prague, à Bucarest, à Rome, à Paris, Budapest et il sauve de amis juifs qui fuient cette Europe devenue dangereuse pour les antisémites. Albert Goering réalise même une descente dans une usine Skoda avec un camion et il en libère les ouvriers prisonniers. On pense à la liste de Schindler.
Une autre fois, il se sert d’un papier à en tête qui lui reste de son frère pour faire libérer le docteur Charvat déporté dans un camp de concentration. Il n’a jamais rompu avec son frère explique t-il à son juge “je me suis aperçu qu’il pouvait m’être utile, d’abord directement, puis indirectement en sollicitant son aide et bien que je fusse juré de n’avoir de relation avec lui en tant qu’homme d’état.” Pourquoi n’a t-il pas changé de nom? “Changer de nom comme un criminel? comme un nazi, justement?”
C’est un livre passionnant dans les coulisse de la famille Goering que nous donne à lire François Guéroult et qui montre autrement les ressorts du nazisme, de ceux qui l’ont enfanté et appliqué. François Guéroult avait déjà disséqué la grande histoire avec celle des “malgré nous” à travers le procès de ces Alsaciens qui participèrent au massacre d’Oradour sur Glane, il récidive avec ce personnage inconnu mais qui gagne à l’être. Pour les passionnés d’histoire et d’histoires d’hommes.
Ch.B
“L’autre Goering” par François Gueroult, aux éditions Infimes, 1 rue du Colombier à Orléans, 230 pages, 13€.
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Rencontre dédicace avec François Gueroult, mardi 2 mai, à 18h à la Librairie Nouvelle à Orléans, place de la République.