Ce n’est plus qu’un secret de polichinelle, Les Républicains, aujourd’hui dans le brouillard de l’après Fillon, devraient exploser après les législatives. Pour sa part l’UDI n’attendra probablement pas jusque là et pourrait rejoindre En Marche dès dimanche soir. Officiellement LR est pourtant clivé entre ceux qui ont immédiatement appelé à voter Macron (NKM, Bertrand, Le maire, Thierry Solère) et ceux qui suivent Laurent Wauquiez hostile à cette position. En invitant Jean-Louis Borloo à présider les fêtes de Jeanne d’Arc, cet ancien ministre de Chirac et Sarkozy qui vient de réitérer son appel à voter Macron et qui apparaît lui aussi comme un « macron-compatible », Olivier Carré confirme sa volonté de recomposition. Il nous avait accordé cet entretien avant l’annonce de la venue de Jean-Louis Borloo aux fêtes johanniques.

Olivier Carré et Emmanuel Macron
Comment vit l’entre deux tours un député sortant LR? Olivier Carré a fait le choix du local en misant sur la présidence de la métropole d’Orléans et ne sera donc pas candidat aux législatives sur sa circonscription (la première). Mais il a depuis longtemps réfléchi au scénario des législatives.
Dans un entretien à Magcentre, le maire d’Orléans, en cas d’élection d’Emmanuel Macron, parie sur une majorité, soit de droite, soit introuvable, qui contraindra le nouveau Président à travailler avec une partie des élus LR. Après les présidentielles, le nouveau chef de l’Etat pourrait laisser Bernard Cazeneuve à Matignon et son gouvernement gérer les affaires courantes, en attendant, le troisième tour des législatives.
Selon lui, le parti doit donc rester uni pour ces législatives, sur le programme de François Fillon, un peu revisité. Ensuite, il faudra parler non pas de « coopération », dit Olivier Carré, mais « d’ouverture ». Pour le député-maire d’Orléans, « le changement générationnel” représente “une vraie dynamique dans ce pays ».
Pas de regret d’avoir soutenu le programme de Fillon

Olivier Carré
Il a appelé à voter Emmanuel Macron dont il est proche dans le registre économique, sans ambiguïté. Pourtant Olivier Carré le dit et le répète, « non je ne regrette pas d’avoir soutenu François Fillon dont le programme était le plus à même de faire progresser la France ». Bruno Le Maire, le candidat que soutenait l’Orléanais à la primaire, a dit qu’il pourrait travailler avec Emmanuel Macron. «Il y a deux hypothèses. Soit nous sortons majoritaires, soit, et c’est plus probable, une partie des élus de la droite et du centre feront partie d’une majorité de projets ». Dans ce cas, le président devrait s’adapter à sa majorité composite. « Nous pouvons être d’accord sur des champs économiques, sur l’évolution du marché du travail, par exemple… Après il peut y avoir des positions différentes sur la méthode ». Allusion aux réformes par ordonnance prévues par Emanuel Macron. « Dès lors que nous avons vu un candidat Macron faire une campagne attrape tout, il doit rester ensuite d’une certaine plasticité vis-à-vis de la majorité qu’il va trouver à l’assemblée ». Pour Olivier Carré qui le connait bien, les « phrases qu’Emmanuel Macron prononce en ce moment et que l’on prend au premier degré pour insipides » préparent en fait cette gestion post-législative.

Olivier Carré
En attentant, il faut « se retrousser les manches » et aller au charbon des législatives dans la composition politique initiale. « Beaucoup de Français veulent chambouler le jeu. Les partis sont absents et ce sont deux personnalités extérieures aux primaires qui sont au second tour. On constate un malaise de la représentation suprême, ce qui ne sera pas forcément le cas aux législatives ». dit Olivier Carré.
Optimiste pour Serge Grouard
Pas rapport aux consultations précédentes, il admet que sur la première circonscription du Loiret, la sienne, “il y a eu un net recul de François Fillon. Mais de l’autre côté c’est pareil. Quant à Le Pen, elle a très peu progressé et a même reculé en milieu urbain. ». Sur la deuxième, il estime que Serge Grouard ne pâtira pas de sa proximité affichée avec François Flllon. « Les électeurs sont assez sensibles, il a toujours défendu loyalement celui avec qui il a travaillé, il n’a jamais caché non plus qu’il avait été lui-même surpris de ce qui avait été mis sur la place publique, son intégrité intellectuelle est intacte et les électeurs sont sensibles à cela.» Au cas où Serge Grouard serait battu, cela changerait-il la donne pour la gouvernance de la future métropole et de la ville. Olivier Carré redonnerait-il les clés à Serge Grouard ? Non, Olivier Carré assurera les deux mandats, « c’est prévu comme cela ».
Nathalie Kerrien: elle doit choisir

Les trois têtes de l’executif de l’agglomération, Charles-Eric Lemaignen, Olivier Carré et Serge Grouard.
Quant à son adjointe UDI Nathalie Kerrien, risque-t-elle la sanction si elle est candidate d’En Marche sur la première circonscription? “Elle a tous les droits, y compris celui de se présenter. Mais l’équipe municipale a aussi le droit de considérer qu’à partir du moment où il y a deux personnes qui s’opposent au sein de la même équipe pour un même mandat, il y a un problème d’incompatibilité dans l’équipe…”
Devrait-elle démissionner si elle se présente ? «Ce serait cohérent », dit le maire. Alors qu’un renouvellement sans précédent sous la cinquième république s’annonce aux législatives, Olivier Carré, qui devrait être élu président de la métropole le 23 juin,ne regrette-t-il pas d’être absent de cette confrontation législative? « Non, nous avons un énorme challenge avec la métropole. Cela peut paraître loin des grands enjeux, mais c’est ce qu’attendent les Orléanais. Avec mes collègues nous avons réussi à construire un projet, à faire en sorte qu’il booste nos territoires. C’est là que je suis le plus utile. Ce n’est pas par abnégation!”
Entretien Christian Bidault, Jean-Jacques Talpin