Qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle avec 23,4% des voix, Emmanuel Macron a reçu la presse à son QG parisien. « Je ne suis ni l’héritier d’un château ni né dans un système, je suis devant vous avec ma sincérité », a-t-il dit bien décidé, à mener campagne « au cœur et au corps du pays » et à rendre coup pour coup à son adversaire, Marine Le Pen, « elle va s’amuser, qu’elle attache sa ceinture ».
Constat
Il y a une France fracturée politiquement, territorialement, moralement à laquelle le clivage droite gauche ne correspondait plus, ne permettait plus d’apporter des réponses efficaces. Dimanche on a tourné, j’en suis convaincu, la page de ces trente dernières années puisqu’il n’y a que 25% des suffrages exprimées qui se sont reconnus dans les deux grands partis (PS, LR). C’est inédit. Le FN a réussi à s’installer dans une France inquiète de la mondialisation, dans une France indignée des règles de la mondialisation qu’elle ne comprend plus. Pour moi, la situation que nous vivons aujourd’hui est le fruit de l’impuissance des deux grands partis à répondre de manière efficace aux problèmes qui sont posés, elle est le fruit depuis des années d’une trahison des clercs que j’ai plusieurs fois dénoncée. Elle a, en quelque sorte, installé un parti , le Front national,qui vit de cette colère et de cette indignation sans y répondre.
Leçon du premier tour
Il n’y a pas de front républicain. Les partis classiques, PS et Les Républicains veulent enjamber l’élection présidentielle et disent, « on va reprendre nos droits après, pour les législatives et on fera de la cohabitation ». Ils n’ont pas compris que les fractures de la France ont acté l’impuissance des partis politiques classiques. Par ailleurs, la moitié des Français et des Françaises se sont retrouvés dans l’offre que je porte ou celle de Marine Le Pen. Pour autant, je ne pense pas que mon projet ne parle qu’à la France des nantis, des heureux de la mondialisation. Il est tout à fait vrai que j’ai fait un meilleur score dans ces endroits là mais il y a des départements ruraux où j’ai fait un meilleur score que Mme Le Pen. Face à cela, le défi pour moi est de réconcilier ces France, comme je l’ai écrit dans mon livre « Révolution ». Il me faut démontrer que j’ai un projet de réponses pour chacune d’elles.
Ses réponses
– France des quartiers en difficulté: Ma première réponse est l’école, ramener les effectifs à 12 élèves par classe en CP et CE1 dans les zones REP et REP plus (réseaux d’éducation prioritaire), là où l’on a concentré la pauvreté, les difficultés économiques et sociales. C’est là que l’école est cassée, c’est là que l’échec scolaire s’est accumulé. Les enfants de cette France qui a décroché n’auront une place dans la société d’aujourd’hui et de demain que par l’école. C’est un choix d’investissement. Il faut également doubler le budget de l’ANRU (agence nationale de rénovation urbaine), pour une vraie politique de rénovation et de cohésion urbaines dans l’esprit de celle prônée par Jean-Louis Borloo. Nous avons trop eu une politique d’assignation à résidence. Pour la casser il faut permettre d’en sortir, encourager la mobilité et l’emploi avec une aide de 15 000 euros pour tout patron qui embauche un jeune qui vient d’un quartier difficile.
– France des périphéries : C’est une réponse apportée aux classes moyennes. Elle passe aussi par l’école avec le retour des travaux dirigés, par le pouvoir d’achat avec un travail qui paie plus en réformant la prime d’activité, en diminuant de 3 points les cotisations sociales tout en augmentant la CSG de 1,7% ce qui représentera un 13ème mois pour un SMIG et ce qui fait que tous les travailleurs seront gagnants . Enfin suppression de la taxe d’habitation pour 80% de nos concitoyens. Cela devrait compenser les frais engagés par ceux qui ont une heure de route pour se rendre à leur travail. Faisons de ces terres de désespoir des terres de reconquête.
-Zones rurales : Plan lié à la mobilité avec dans les six premiers mois des Etats généraux du transport suivis d’un vrai plan d’aménagement de la mobilité moderne du quotidien. Pour la 3G et la 4G nous allons presser les opérateurs de réaliser sous 18 mois les aménagements qu’ils nous doivent. Il faut aussi revoir l’organisation de notre système de santé avec le doublement des maisons de santé. Pour les bassins ruraux qui possèdent une culture industrielle, comme par exemple, le Boulonnais, je prévois un plan Marshall dès mon installation avec la création de zones franches et l’obligation de restituer les aides si les engagements ne sont pas remplis. En ce qui concerne l’agriculture, il faut débattre filière par filière, avoir une discussion à grande échelle entre tous les acteurs de la filière agroalimentaire, sous la forme d’un Grenelle de l’alimentation, pour mieux identifier, filière par filière les enjeux du secteur et y répondre avec un pacte 2020. Je maintiendrai les Régions qui sont le territoire pertinent pour porter l’économie ce que ne peuvent faire les départements
Europe
On est dans l’Europe et dans le monde. Veut-on se battre ou non pour la pensée des lumières ? Est-on conscient qu’elle fait manger ? Notre élection présidentielle est déterminante, décisive pour l’Europe. Le monde entier suit avec grand intérêt ses résultats. C’est le traumatisme de 2005 qui ressort. Les dix dernières années sont une non-assumation de l’Europe. Moi, je ne poursuivrai pas le faire semblant. Il faut la démocratiser dans tous les domaines, réaliser l’harmonisation sociale et fiscale. Il faut obliger la Pologne et la Hongrie à respecter leurs obligations et à respecter les droits. Je vais m’y employer.
S’il est élu
Je ne prendrai pas mon élection comme un chèque en blanc. Je ne reproduirai pas 2002. Pour les législatives je ne veux pas de coalition. Ceux qui se présenteront au non d’En Marche, devront abandonner leur étiquette s’ils appartiennent à un parti. Je ne veux pas qu’on reconstitue les clans et les chapelles qui ne m’intéressent pas. Je veux la force républicaine la plus forte possible pour assumer les inévitables soubresauts. Mon premier ministre devra avoir des compétences, avoir la capacité d’animer un collectif et une expérience de la vie parlementaire. Il faut quelqu’un qui connaisse la vie politique. Je n’ai pas encore totalement fait mon choix, il faut une cristallisation.. Les vieux partis s’effondrent, on refonde la République. Notre période correspond à 1958. Comparaison n’est pas raison mais je note chez les Français la même énergie qu’à cette époque-là. Le temps n’est pas à la tactique mais à l’action.
Recueilli par F.C.