Pourquoi Marine Le Pen et son équipe ont-il choisi La Bazoche Gouet, ce village au nom improbable aux limites du Perche et de la Beauce ? “L’Eure-et-Loir est arrivée premier département français au concours des adhésions”, lance Jean-Lin Lacapelle.

L’ancien conseiller régional du Centre qui est aujourd’hui numéro 4 du Front national, rend hommage à son nouveau secrétaire départemental, Serbe d’origine, Aleksandar Nikoli. 30 % d’adhérents supplémentaires dans un département où le Front national a fait ses premières armes municipales du temps des Stirbois, Marie-France et Jean-Pierre. “Elle l’avait promis à un agriculteur de La Bazoche lors du dernier salon de l’agriculture”, se hasarde un habitant. Ils sont 1200 âmes dans ce village, et pratiquement autant lundi en fin de journée sous une belle halle en bois. Ambiance festive et champêtre, genre fête au village, lorsque la candidate monte sur une scène improvisée.

La Marseillaise finale avec Philippe Loiseau, le régional de l’étape.
Nous ne sommes pas loin de Courtalain, là où passe le TGV et où des élus comme Philippe Vigier (UDI) veulent toujours une gare. Sans parler de l’aéroport de Beauvilliers, longtemps envisagé, pas très loin de Bazoche. Mais Marine Le Pen n’y fera qu’une brève allusion, “une promesse qu’on vous aura fait miroiter”, en regrettant le départ des services publics et des liaisons ferroviaires. Dans un pareil décor champêtre, on s’attendait à un long développement de Marine Le Pen sur la ruralité et la PAC. Elle n’a fait au final que le service paysan minimum. “Nous reprendrons le pilotage manuel”, a t-elle dit de la PAC. “Je maintiendrai les aides agricoles mais elles seront versées directement aux agriculteurs”.
Avec les deux députés européens

Philippe Loiseau et Bernard Monod, les députés européens du Grand centre.
Au premier rang s’étaient massés des proches de Marine Le Pen, outre ceux de Paris, comme David Rachline, sénateur du Var et maire de Fréjus et Jean Lin Lacapelle, qui a, entre autres la lourde tache de s’occuper des investitures aux législatives ; les deux députés européens, Philippe Loiseau le régional de l’étape et Bernard Monod, lui aussi député européen du Grand centre, spécialiste économique au FN.
Sous la halle, les drapeaux tricolores s’agitent et les slogans sont repris en chœur par un public populaire venu d’un peu partout en Eure-et-Loir : “Marine présidente”, et surtout, “on est chez nous”, le titre du film qui aura eu au final plus de succès lors des meetings FN que dans les salles obscures. Veste bleu foncée, en jean, Marine Le Pen n’aura que quelques phrases pour le monde rural et cette “mondialisation sauvage, radicale…”.

Sous la halle de La Bazoche Gouet.
Pour le reste de son discours, Marine Le Pen se voit déjà au second tour. Déjà contre Emmanuel Macron, sa cible principale, François Fillon ne recueillant que les miettes, c’est dire si elle ne le voit pas passer le premier tour.
“Macron insulte le peuple et la France”
D’Emmanuel Macron , elle a estimé qu’il “insultait le peuple et la France”, après son discours de Marseille samedi après-midi.
“Quand je vois tout l’espoir que vous placez en la France, je ne peux supporter les paroles méprisantes que l’on dit sur vous”, a-t-elle poursuivi.
Lors de son meeting à Marseille samedi 1er avril dernier, Emmanuel Macron avait déclaré à ses soutiens: “Je veux que nous soyons le vote du cœur, le vote de l’enthousiasme, le vote de l’espérance et que nous chassions loin de cette campagne, loin du pays, le parti de la haine, celui du mépris, celui du repli et de tous ceux qui nous font tellement honte”.
“Je ne peux plus supporter d’entendre M. Macron dire qu’il faudrait vous chasser, vous les patriotes, vous chasser de votre propre pays. On n’insulte pas comme ça le peuple, M. Macron”, a martelé Mme Le Pen,
“Comment M. Macron peut-il tenir de si abjects propos sur les patriotes et les amoureux de la France que vous êtes, que nous sommes, lui déjà qui avait insulté la France en disant qu’elle avait commis un crime contre l’humanité en Algérie ?”, s’est-elle interrogée. “Comme si le mépris de la France était à tous leur seule boussole, voila qu’il vous menace directement. On ne parle pas ainsi aux Français, M. Macron, même s’ils ne pensent pas comme vous“, a ajouté la candidate.
“Des villages où l’on ne peut plus organiser de fêtes”
En fin de matinée, Marine Le Pen s’était offert un bain de foule très dense sur le marché de Lencloître, petite commune rurale proche de Châtellerault (Vienne), dans un territoire où le vote FN a largement dépassé la moyenne nationale au cours des derniers scrutins.
Malgré un important cordon de sécurité, certains curieux ont pu obtenir un selfie avec la candidate, qui a une nouvelle fois attaqué ses adversaires : “Les autres candidats ne sont que dans les grandes villes. Moi, j’ai fait des meetings dans des petits villages, des Français qui n’ont jamais vu un candidat venir les voir, et bien c’est ma place, je suis là au milieu des Français que je veux défendre”.
“Des villages où” a t-elle affirmé, “on ne peut plus organiser de fêtes à cause des voyous qui viennent tout casser”. Devant une banderole “l’Eure-et-Loir avec Marine Le Pen”, la candidate face à un public en délire, a estimé que Châteaudun “est une ville martyrisée par la désindustrialisation”, et elle a promis, “je vais faire ce qu’ils ont été incapables de faire, faire revenir l’emploi en France”. Et ses partisans de reprendre de plus belle, après les attaques rémanentes contre les étrangers et l’immigration, “on est chez nous !”.
Ch.B